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Métallurgie Africaine : Un «
Savoir-Fer » vieux de 2500 ans
(MFI)
Contrairement à une idée reçue, les Africains au sud du Sahara maîtrisent les
procédés de fabrication du fer depuis la très haute antiquité. Ils livraient
même des lingots de ce métal aux pharaons !
La métallurgie n’a pas été introduite en Afrique noire par
d’autres civilisations : les Africains au sud du Sahara ont élaboré eux-mêmes
les procédés de fabrication du fer depuis la très haute antiquité, dans des bas
fourneaux qui permettaient d’atteindre les températures supérieures à 1 000
degrés nécessaires à la réduction du minerai. C’est ce qu’ont confirmé les
travaux d’un colloque organisé par l’Unesco en 1999 qui a réuni des spécialistes
africains et européens dont les contributions ont été rassemblées dans un
ouvrage intitulé Aux origines de la métallurgie du fer en Afrique, publié
sous la direction de l’archéologue sénégalais Hamady Bocoum.
Plusieurs contributions écartent d’abord les
hypothèses jusqu’ici largement répandues selon lesquelles la métallurgie aurait
été introduite en Afrique soit à partir du Soudan méroïtique soit à partir de
Carthage, ou encore à partir de la Mauritanie où le cuivre d’Akjout a commencé à
être exploité des siècles bien avant Jésus-Christ. La datation au carbone 14 des
scories et autres éléments retrouvés dans les vestiges des bas fourneaux
africains (au Nigeria, au Niger, au Cameroun) permettent d’affirmer que la
métallurgie africaine est vieille d’au moins 2500 ans.
Ce n’est pas le moindre mérite des spécialistes réunis
pour ce colloque que d’avoir fait aussi œuvre d’historiens et d’anthropologues.
On apprend par exemple qu’une lettre adressée au pharaon Ramsès II faisait état
du retard d’une livraison de lingots de fer. Que le forgeron du grand chef
militaire Samory avait réussi à fabriquer un fusil à dix coups en copiant les
armes à répétition qu’il avait vues à l’arsenal français de Saint Louis du
Sénégal. On apprend aussi que les bas-fourneaux africains sont symboliquement
perçus comme des êtres humains : la plupart s’ornent de seins modelés dans la
terre de leur paroi extérieure, la fonte est l’enfant de la femme-fourneau et
les scories le placenta. Quant au soufflet à deux chambres qui avive le feu, il
est assimilé à un pénis avec ses testicules. La traite négrière, apprend-on
encore, a eu des répercussions sur la métallurgie africaine : la pénurie de main
d’œuvre qu’elle a entraînée a amené les métallurgistes africains à inventer les
fours à combustion lente auto-ventilés, qui permettaient de se passer de
manieurs de soufflet.
Comme partout ailleurs
dans le monde, la métallurgie, qui produisait le fer à la fois pour les outils
des agriculteurs et les armes des guerriers, a assuré la supériorité militaire
des peuples qui surent la développer, comme par exemple les Yoruba du Nigeria au
temps d’Oduduwa, le fondateur mythique de leur nation. Les relations entre
métallurgistes et forgerons ont fourni aux auteurs de l’ouvrage un autre sujet
d’étude : généralement, les premiers n’appartenaient pas à une caste déterminée
comme les seconds, mais dans certaines ethnies les forgerons étaient aussi
métallurgistes. Bien entendu, la colonisation, avec l’importation de lingots de
fer d’ Europe, a sonné le glas de la métallurgie africaine qui a cependant
perduré jusqu’au début du siècle dernier. Ainsi l’histoire de la production et
du travail du fer en Afrique est-elle riche d’enseignements sur l’évolution des
sociétés africaines.
Aux origines de la métallurgie du fer en Afrique – Une ancienneté méconnue,
sous la direction d’Hamady Bocoum, Editions UNESCO, 240 p.
Article de Claude Wauthier publié
www.rfi.fr [20/12/2002]
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