Voyage dans l’Empire Mandingue: Discovering The Mandingo Empire

Voyage dans l’Empire de Ghana: Discovering The Ghana Empire

Le Monde du Griot: The Griots’s World

Le Monde du Chasseur: The Hunter’s World

Le Monde du Forgeron: The Blacksmith’s World
Ahmadou Kourouma et le Monde du Griot: Kourouma and the Griot World
L’Arbre A Palabres: Forum
Paroles de Griot: Griot's Words
 

LITTÉRATURES AHMADOU KOUROUMA ET LA FIGURE DU GRIOT- AHMADOU KOUROUMA AND THE GRIOT

«Les griots ont une façon de présenter l’épopée et parfois je me surprends à les imiter » Ahmadou Kourouma

 Depuis sa légitimation  au  début de la consolidation de l’Empire du Mali au XIII ème siècle jusqu’aux temps modernes, le griot demeure un personnage presqu’ insaisissable, aux facettes sans cesse changeantes, bien qu’on ait à diverses occasions, essayé de le définir et de le redéfinir. Malgré le fait que la fonction sociale désignée sous ce vocable soit aisément identifiable dans les sociétés du Sahel en général, et dans  la société mandingue [malinké] en particulier, le nom en français qui permet de  nommer  cet individu, le mot « griot » est  cependant difficile à tracer l’origine exacte. Le dictionnaire Robert Pour Tous (édition de criado’’ domestique’’de criar’’ élever’’ famille de créer, en Afrique noire, Membre d’une caste de poètes musiciens. » Cette définition très sommaire ne permet pas de saisir la complexité de ce personnage.  En général « griot » désigne, dans la société mandingue, l’artisan de la Parole ; une position stratégique qui le place au coeur de la dynamique sociale. Le verbe est son instrument de travail et l’oralité demeure le véhicule par lequel il transporte, construit, déconstruit, façonne la parole. L’artisan nommé  « griot » est  à l’intersection des valeurs sociales et politiques à transmettre. Il est au point de convergence du contenu historique, linguistique, socio- politique de la société mandingue. Par conséquent, on ne peut évoquer ladite société sans rencontrer ce personnage -icône. Aussi, Ahmadou Kourouma, écrivain ivoirien, utilise régulièrement le personnage du griot pour légitimer certains propos du ou des narrateur(s) dans ses oeuvres. Notre étude cherchera à cerner ce personnage tel qu’il apparaît dans Les soleils des indépendances (1968) ; Monnè, outrages et défis (1990) ; En attendant le vote des bêtes sauvages (2001) ; Allah n’est pas obligé (2000) ; Le diseur de vérité (1998).

En effet, dans son oeuvre, Kourouma à chercher à reproduire  le « penser » et le « dire »  malinké, à montrer  les différentes facettes de l’orature. Chez lui, le personnage du griot apparaît comme l’icône de l’oralité en perte progressive de son importance d’antan. L’irruption du colonisateur dans l’espace du griot contraint celui-ci à participer à une cohabitation plus ou moins agressive, voire aliénante. Il entre en confrontation avec un nouveau mode de communication étranger à sa sphère de compétence.  Cette invasion semble vient de l’Europe, du pays des toubabs ou nazaréens, noms utilisés pour designer l’Européen dans la langue malinké. Dans le contexte islamique, ces derniers sont  considérés comme des mécréants. Le conflit qui s’instaure entre les deux espaces: une oralité séculaire et une écriture conquérante, ne se résoud pas aisément. La rencontre de ces deux civilisations plonge le griot et sa communauté dans un dilemme pénible.

En quoi ‘’l’aventure ambiguë’’ du griot, exposée dans  les quatre (4) romans et dans la pièce de théâtre, permet de suivre son évolution dynamique et ses tentatives d’adaptation aux mutations et bouleversements nouveaux ? Autrement dit, comment le maître de la parole au cours de son aventure romanesque épouse les péripéties de l’histoire depuis l’Afrique des Empires jusqu’aux nations actuelles ?

L’écriture de Kourouma prolonge de cette aventure: la tentative d’envahissement de l’espace de l’écriture par les attributs, les caractéristiques propres à l’espace de l’oralité ; la tentative de faire coïncider l’espace de l’oralité et celui de l’écriture: le second cherchant à  imiter les caractéristiques de la première .                             

L’Europe,du pays des toubabs considérés dans le contexte de la religion islamique comme des mécréants l'entreprise pour s’approprier l’écriture en la soumettant aux normes de la parole orale ressemble aux transformations du griot pour s’adapter aux contextes nouveaux.  Comment le discours de celui  censé  être le maître de la parole, s’adapte-t-il aux faits, aux mythes nouveaux ? Et comment, au cours de ce cheminement, le griot s’approprie-t-il les mythes nouveaux, crée-t-il un nouveau discours et achève-t-il de se faire reconnaître ? Nous relèverons les différents aspects socio-politiques de l’Afrique qui obligent ce personnage- icône à se métamorphoser, à s’adapter à l’ordre nouveau. Tels sont en substance les axes de réflexion que cette étude explorera.

Pour atteindre cet objectif, il faudra d’abord parcourir évoquer l’histoire de la   littérature négro-africaine, particulièrement la littérature ivoirienne. Une étape importante de cette littérature fut la naissance, dans les arts dramatiques, du concept de ‘’griotique’’ qui soulignait sur la valorisation du maître de la parole traditionnelle dans l’esthétique théâtrale de l’Afrique moderne.  En replongeant dans l’histoire de l’Afrique de l‘Ouest, il faudra aussi évoquer le contexte socio-politique de l’espace mandingue qui a vu naître et évoluer ‘’le griot’,  explorer le terme ‘’griot’’, et appréhender les autres fonctions sociales qui existent dans la sphère mandingue. L’exposition de ces différentes structures professionnelles, désignées par le terme de ‘’nyamakala’’ permettra d’apprécier le caractère unique du ‘’griot’’. Nous aborderons ensuite la notion de Parole telle que les malinkés la conçoive et établirons les catégories de paroles susceptibles employées dans des circonstances précises. Ayant ainsi délimité le cadre de notre étude, il sera possible de suivre  ensuite le ‘’griot’’ dans son aventure romanesque et historique selon la diégèse de l’oeuvre de Kourouma.

Pour une analyse ordonnée et progressive, l’évolution du griot sera traitée non dans l’ordre chronologique de la publication de ces quatre (4) romans et de la pièce dramatique, mais à travers l’évolution historique de l’espace mandingue où la majeure partie de la narration se déroule. Cette évolution historique est l’arrière-plan qui permet à l’auteur de faire une critique acerbe aussi bien de l’Afrique que de l’Occident impérialiste qui a donné naissance à cette Afrique moderne. Suivant l’ordre de publication vient d’abord Les soleils des indépendances (1968),  puis Monnè, outrages et défis (1990), En attendant le vote des bêtes sauvages (2001), Allah n’est pas obligée (2000), et  enfin Le diseur de vérité (1998) [Pièce de théâtre]. Mais, la diégèse se déroule à partir du second roman (dans l’ordre de publication) Monnè, Outrages et Défis ; puis conduit aux Soleils des indépendances et au  diseur de vérité (la seule pièce de théâtre écrite par l’auteur). Jouée à l’Institut National des Arts à Abidjan [Côte d’Ivoire]  en Décembre 1972 et présentée à la Télévision ivoirienne en Janvier 1973 avant d’être censurée, cette pièce s’intitulait, à l’origine « Tougnantigui ou le Propriétaire de la vérité ».  Dans En attendant le vote des bêtes sauvages, le troisième roman dans l’ordre de publication le griot joue  un rôle vital dans le cercle politique de l’Afrique des dictatures. Enfin,  Allah n’est pas obligé le dernier roman présente un griot complètement nouveau dont le discours est totalement déconstruit. L’ordre choisi épouse  les  principales étapes de l’histoire de l’Afrique, notamment celle de l’Afrique occidentale où vivent les malinkés, les gens du Mali.

Les oeuvres de Kourouma sont souvent lues comme des romans historiques. Cette montrera, en suivant l’évolution du griot de comprendre son  histoire personnelle qui est intimement liée à l’historique de l’Afrique dans sa vaine résistance au colonisateur et dans sa lutte pour s’adapter au monde moderne qui lui est imposé. L’aventure du griot permet à l’auteur de dépeindre les tribulations  de l’Afrique  de la colonisation aux soleils illusoires de la démocratie.

En effet, la rencontre du colonisateur et du peuple malinké expose un problème de communication majeur entre les deux protagonistes. Et, le  griot, considérée comme l’artisan,  le maître de la parole dans cette communauté Malinké, est au centre du conflit  de la parole. L’oeuvre de Kourouma contribue à peindre le griot sous diverses facettes. Chaque aspect de la personnalité du maître de la parole l’expose aux prises avec un contexte socio-politique nouveau. Tout se passe comme si celui-ci, depuis les temps glorieux de Soundjata, Empereur de l’Empire du Mali qui lui légua la charge et la fonction d’artisan du verbe, il n’ y eut  plus de terrain stable pour lui. Contrairement aux autres nyamakala abusivement  désignés par le terme‘’hommes de castes’’ qui de gré ou de force se furent laissés phagocyter par les siècles nouveaux, par le modernisme, le griot demeure un  mutant, s’adaptant sans cesse aux changements de son environnement socio-politique. Peut-être est-ce parce que son outil principal est la Parole ?

La Parole reste la vie en son essence : « La Parole mange l’homme au Mandingue » dit le proverbe, autrement dit, la parole possède en elle-même deux pouvoirs : un pouvoir de création et un pouvoir de destruction. Il faut, par conséquent, pouvoir l’utiliser à bon escient.  On  devra toujours se souvenir de la maxime : « chaque parole à son toit » avant de proférer un mot, une opinion. La  Parole est pouvoir puisqu’elle permet de nommer, de baptiser, de désigner les êtres et les choses, en un mot de communiquer. C’est donc un outil  radicalement différent de tous les autres instruments de travail utilisés par les autres nyamakala. Le griot par l’instrument même qu’il emploie est différent des autres catégories socioprofessionnelles : il utilise un outil qu’on pourrait classer dans l’ordre de l’immatériel,  du non-palpable mais qui possède une puissance d’expression véritablement matérielle dans ses manifestations.

Enfin, appréhendant le griot dans son cheminement romanesque chez Kourouma, nous l’aborderons d’abord en confrontation avec l’interprète colonial dans  Monnè, Outrages et Défis. Ces deux personnages, bien qu’issus de la même communauté linguistique, ne servent pas du tout  les mêmes buts puisqu’ils n’ont pas les mêmes intérêts. Cette bruyante rencontre fait éclater le premier conflit majeur, celui de la lutte autour de l’espace de la parole, pour la maîtrise de l’espace du discours. Car, celui qui réussi à maîtriser cet espace, à dompter les contours de la communication, infléchira une direction particulière à l’histoire. Si le griot, maître de la parole traditionnelle, est l’initié aux arcanes du contexte socio-politique malinké par sa maîtrise de la généalogie des êtres et des choses vivants dans sa situation de communication, il le demeure surtout par hérédité. Il  n’en est pas ainsi pour ce ‘’griot moderne’’ qu’est l’interprète colonial.

Bien qu’issu du même contexte, de la même communauté sociolinguistique que l’authentique griot, cet interprète est un intrus en puissance, un violeur de l’espace de la parole qui ne lui appartient pas traditionnellement. Il confisque la parole non pas parce qu’il y a droit selon les préceptes de la Tradition, mais il l’accapare justement parce qu’il est un collaborateur du colonisateur. Dès lors, nous plongeons progressivement dans une série de quiproquos, de compromis qui glissent vers le conflit ouvert. La colonisation de la parole par l’interprète, légitimée par le colonisateur lui-même au détriment du griot et de sa communauté devrait sonner le glas de ce dernier. Mais, nous assistons aussi  à une série de résistances, de mutations, d’adaptations du griot pour tenter d’être en phase avec la société naissante qui, pourtant, tente de le réduire à néant, d’annihiler, de dévaloriser voire de détruire son outil de travail. Comment arrive-t-il, à travers une succession de remises en cause, à survivre là où les autres nyamakala ont pratiquement échoué ?

Ces mutations du griot sont donc intimement liées aux mutations socio-politiques qui ont secoué l’Afrique, de la colonisation à nos jours. C’est ainsi qu’après les ‘’ Monnè’’ de la colonisation, la période des années 1960 est évoquée dans le premier roman dans l’ordre de publication : Les Soleils des Indépendances. Nous y découvrons le personnage du griot qui s’est déjà métamorphosé, épousant les contours de la société des indépendances. C’est un maillon de la communauté malinké dans les centres urbains. Son cadre spatio-temporel a grandement changé, par conséquent, cet artisan de la Parole doit identifier les concepts de son nouvel environnement pour ne pas perdre pied ; il doit pouvoir nommer et re-nommer, chiffrer et déchiffrer à la fois les êtres et les choses de ce nouvel espace-temps avec précision afin de créer l’émotion recherchée dans l’unique but de survivre aux dures réalités des cités urbaines. La fonction qu’il occupait dans l’espace restreint de la communauté villageoise s’est muée. Il est dans un processus accéléré d’adaptation au contexte socio-politique, économique, voire et culturel, nouveau. L’unique pièce de théâtre Le diseur vérité, rapproche un peu plus le griot de l’épicentre du pouvoir politique mais, son rôle y est très controversé puisqu’il aide à l’abrutissement de ses propres concitoyens.

D’ailleurs, le cercle du pouvoir politique semble être, très souvent, visé par le griot ; finalement, dans En attendant le vote des bêtes sauvages,  le troisième roman dans l’ordre de publication, il réussit  à entrer  dans l’arène politique. Il semble avoir maîtrisé la ‘’Parole’’ de ces temps nouveaux. Dans ce cercle politique,  le maître de la parole possède deux pouvoirs importants: il est griot et chasseur. Après moult tribulations, il réussit ainsi à concilier son statut de maître de parole à celui de conseiller politique des temps modernes comme il l’était d’ailleurs aux Temps Anciens. Ce griot-ci est différent des deux premiers car il est un thaumaturge  qui doit user la puissance du verbe pour ‘’purifier’’ le dictateur-président qu’il sert. Il sait les secrets de l’art ésotérique de la chasse en pays malinké : le donzo-ya. Le griot devient en quelque sorte un psychanalyste veillant sur la santé du président-dictateur. Grâce à la puissance de la parole purificatrice, il se perd dans les trames du donsomana pour purifier le souverain par sa thaumaturgie.  Quand, sous les travers de ce type de pouvoir abusif qu’il a aidé à soutenir, la société implose en conflit armé, tribale, meurtrier, le griot s’adapte à la nouvelle société en déliquescence par l’adoption de nouveaux outils de communication : les dictionnaires. Dès lors, il prend les caractéristiques d’un adolescent traumatisé par tant de violence dans Allah n’est pas obligé, le dernier roman de Kourouma. Le griot y apparaît   à la fois comme narrateur et enfant-soldat.

Au-delà du griot romanesque tel qu’élaboré par Kourouma, nous allons appréhender la figure du Griot archétypal, qui permettra d’englober la « griotte », épouse et compagne du griot, dans notre perspective. L’auteur ne l’évoque pas de manière dynamique et explicite. Quand les griottes apparaissent c’est pour être des objets de troc dans des mariages arrangés ou de simples figurantes pourtant, elles jouent le même rôle que leur époux. Pourquoi cette omission quand on sait qu’un grand griot a toujours dans son sillage une griotte active et dynamique ? L’approche archétypal de ce personnage est l’unique voie pour donner de la voix à la griotte, figure centrale  féminine de l’art griotique dans l’espace mandingue.  Le griot mythique, archétypal qui est à l’origine de la  formation et de la consolidation de cette profession n’est pas évoqué dans les romans de Kourouma. On le retrouve surtout en faisant une lecture des diverses variantes de l’histoire de Soundjata, ce qu’on a nommé : L’Epopée Mandingue. C’est l’analyse croisée de ces deux personnages qui permettra de  saisir l’évolution et le parcours du griot de manière diachronique et aussi, d’apprécier à sa juste valeur, la richesse de son cheminement depuis les débuts de l’Empire du Mali jusqu'à nos jours. 

L’analyse de la dynamique du griot à travers ces romans, et son uniformisation avec le personnage historique du griot grâce au concept d’archétype permettra de saisir l’étendue du cheminement du Maître de la Parole. Il sera nécessaire d’établir l’indispensable lien entre ces riches métamorphoses et la réalité sociopolitique de l’Afrique contemporaine. Ce lien, cette mise en rapport sera la dernière partie de notre étude. En effet, il apparaît que les deux  groupes qui ont le pouvoir, le griot ou plus proprement dit le djéli, artisan de la parole, et le dozo (chasseur-guerrier) correspondent métaphoriquement, dans l’Afrique contemporaine ‘’aux conseillers en communication’’, aux journalistes dans l’arène  politique pour le premier, et pour le second, au pouvoir militaire et/ ou politique.

Ces deux catégories socioprofessionnelles correspondent souvent à deux modes d’accession et de conservation du pouvoir : les mass média qui,  use et abuse de la parole, s’accapare de l’espace du discours politique, se met sous la botte du pouvoir militaire et politique pour asservir les populations. Ces dernières, privées de parole, végètent dans  un cadre spatio-temporel où tout moyen d’expression  leur est soustrait. Elles ne font que subir les affres de politiques démagogiques absurdes qui ont fait échouer l’Afrique au cours des ‘’Soleils des Indépendances’’, puis à l’ère  des‘’Soleils’’ de la Démocratie. C’est une lutte entre la parole et l’action : dialectique meurtrière qui conduit à des guerres fratricides. 

Qu’en est-il donc du griot historique ? Ses métamorphoses successives des Temps Glorieux de Soundjata jusqu'à nos jours l’ont conduit dans les différentes sphères des sociétés modernes. Aujourd’hui, on le retrouve sur les scènes nationales et internationales en tant que musiciens, cinéastes, peintres, journalistes, écrivains, conteurs… etc. Le griot, indubitablement, s’est définitivement adapté aux diverses mutations du siècle.

1.Région désertique de l’Afrique de l’Ouest bordée au nord par le désert du Sahara.

2. L’Empire du Mandingue ou Empire du Mali se situait en Afrique de l’Ouest : du Sénégal actuelle au Tchad. Il  fut fondé au XIII ème siècle de notre ère avec pour souverain Soundjata Keita. Les Malinkés sont un groupe ethnique de cet espace.

3. Ce néologisme utilisé pour la première fois par Honorat d’Aguessy et évoqué par Charly Gabriel Mbock dans son essai anthropologique Le Chant du Signe a pour objectif : « …de corriger l’inadéquation de l’expression ‘’littérature orale’’ par laquelle on persiste à designer certaines productions culturelles des peuples dits ’’sans écriture’’.»

4. En 1236, les représentants de l’Empire du Mandingue primitif, après la bataille de Kirina qui scella la défaite de Soumaworo Kanté, Roi- forgeron qui avait confisqué leur liberté, adoptèrent la Charte du Mandingue ou du Mandé pour régir par un ensemble de lois la vie sociale, politique et économique du nouvel état. C’est à cette occasion que  Balla Fassèkè Kouyaté, ancêtre des griots fut désigné comme : « Chef des cérémonies et médiateur principale du Mandé.» et le seul « autorisé à plaisanter avec toutes les tribus en priorité avec la famille royale.»

5. On traduira par ‘’catégorie socio-professionnelle’’. Les Nyamakala avec à leur tête le griot selon la Charte du Mande : «…se doivent de dire la vérité aux Chefs, d’être leurs conseillers et de défendre par le Verbe les règles et l’ordre sur l’ensemble du royaume. » 

6. Récit de chasse proféré, ayant un but purificatoire, racontant les exploits de chasseurs célèbre.

7. Epouse du griot qui l’accompagne au cours des cérémonies.

9. Nom traditionnel du ‘’griot’’ chez les malinkés. Djéli signifie le sang et, métaphoriquement, il peint les rapport entre le griot et le noble comme étant semblable aux lien du sang avec le corps : l’un ne peut survivre sans l’autre.

LA CHARTE DU MANDINGUE: LA NAISSANCE OFFICIELLE  DU GRIOT

Les représentants du Mandé Primitif et leurs alliés, réunis en 1236 à Kouroukan Fouga (actuel cercle de Kangaba en République du Mali) après l’historique bataille de Kirina ont adopté la charte suivante pour régir la vie du grand ensemble mandingue.

I - DE L’ORGANISATION SOCIALE:

Article 1er: La société du grand mandé est divisée en seize (16) porteurs de carquois, cinq (5) classes de marabouts, quatre classes (4) de nyamakalas. Chacun de ces groupes a une activité et un rôle spécifiques.

Article 2: Les nyamakalas se doivent de dire la vérité aux Chefs, d’être leurs conseillers et de défendre par le verbe les règles établies et l’ordre sur l’ensemble du royaume.

Article 3: Les morikanda Lolu (les cinq classes de marabouts) sont nos maîtres et nos éducateurs en islam. Tout le monde leur doit respect et considération.

Article 4: La société est divisée en classes d’âge. A la tête de chacune d’elles est élu un chef. Sont de la même classe d’âge les personnes (hommes ou femmes) nées au cours d’une période de trois années consécutives.
Les Kangbès (classe intermédiaire entre les jeunes et les vieux) doivent être conviés pour participer à la prise des grandes décisions concernant la société.

Article 5: Chacun a le droit à la vie et à la préservation de son intégrité physique. En conséquence, toute tentation d’enlever la vie à son prochain est punie de la peine de mort.

Article 6: Pour gagner la bataille de la prospérité, il est institué le Kön¨gbèn Wölö (un mode de surveillance) pour lutter contre la paresse et l’oisiveté.

Article 7: Il est institué entre les Mandenkas le sanankunya (cousinage à plaisanterie) et le tanamanyöya (forme de totémisme). En conséquence, aucun différent né entre ces groupes ne doit dégénérer, le respect de l’autre étant la règle.

Entre beaux-frères et belles-soeurs, entre grands parents et petits-enfants, tolérance et le chahut doivent être le principe.

Article 8: La famille KEITA est désignée famille régnante sur l’empire.

Article 9: L’éducation des enfants incombe à l’ensemble de la société. La puissance paternelle appartient en conséquence à tous.

Article 10: Adressons-nous mutuellement les condoléances.

Article 11: Quand votre femme ou votre enfant fuit, ne le poursuivez pas chez le voisin.

Article 12 : La succession étant patrilinéaire, ne donnez jamais le pouvoir à un fils tant qu’un seul de ses pères vit.
Ne donnez jamais le pouvoir à un mineur parce qu’il possède des liens.

Article 13: N’offensez jamais les nyaras.

Article 14: N’offensez jamais les femmes, nos mères.

Article 15: Ne portez jamais la main sur une femme mariée avant d’avoir fait intervenir sans succès son mari.

Article 16: Les femmes, en plus de leurs occupations quotidiennes doivent être associées à tous nos Gouvernements.

Article 17: Les mensonges qui ont vécu 40 ans doivent être considérés comme des vérités.

Article 18: Respectons le droit d’aînesse.

Article 19: Tout homme a deux beaux-parents: Les parents de la fille que l’on n’a pas eue et la parole qu’on a prononcé sans contrainte aucune. On leur doit respect et considération.

Article 20: Ne maltraite, pas les esclaves, accordez leur un jour de repos par semaine et faites en sorte qu’ils cessent le travail à des heures raisonnables. On est maître de l’esclave et non du sac qu’il porte.

Article 21: Ne poursuivez pas de vos assiduités les épouses: du Chef, du voisin, du marabout du féticheur, de l’ami et de l’associé.

Article 22: La vanité est le signe de la faiblesse et l’humilité le signe de la grandeur.

Article 23: Ne vous trahissez jamais entre vous. Respectez la parole d’honneur.

Article 24: Ne faites jamais du tort aux étrangers.

Article 25: Le chargé de mission ne risque rien au Mandé.

Article 26: Le taureau confié ne doit pas diriger le parc.

Article 27: La jeune fille peut être donnée en mariage dès qu’elle est pubère sans détermination d’âge. Le choix de ses parents doit être suivi quelques soit le nombre des candidats.

Article 28: Le jeune homme peut se marier à partir de 20 ans.

Article 29: La dote est fixée à 3 bovins: un pour la fille, deux pour ses père et mère.

Article 30: Venons en aide à ceux qui en ont besoin

II - DES BIENS:

Article 31: Il y a cinq façons d’acquérir la propriété: l’achat, la donation, l’échange, le travail et la succession. Toute autre forme sans témoignage probant est équivoque.

Article 32: Tout objet trouvé sans propriétaire connu ne devient propriété commune qu’au bout de quatre ans.

Article 33: La quatrième mise-bas d’une génisse confiée est la propriété du gardien.

Article 34: Un bovin doit être échangé contre quatre moutons ou quatre chèvres.

Article 35: Un oeuf sur quatre est la propriété du gardien de la poule pondeuse.

Article 36: Assouvir sa faim n’est pas du vol si on n’emporte rien dans son sac ou sa poche.

III - DE LA PRÉSERVATION DE LA NATURE:

Article 37: Fakombè est désigné Chef des chasseurs. Il est chargé de préserver la brousse et ses habitants pour le bonheur de tous.

Article 38: Avant de mettre le feu à la brousse, ne regardez pas à terre, levez la tête en direction de la cime des arbres.

Article 39: Les animaux domestiques doivent être attachés au moment des cultures et libérés après les récoltes. Le chien, le chat, le canard et la volaille ne sont pas soumis à cette mesure.

III - DISPOSITIONS FINALES:

Article 40: Respectez la parenté, le mariage et le voisinage.

Article 41: Tuez votre ennemi, ne l’humiliez pas.

Article 42: Dans les grandes assemblées, contentez vous de vos légitimes

représentants et tolérez-vous les uns les autres.

Article 43: Balla Fassèkè KOUYATE est désigné grand Chef des cérémonies et médiateur principal du mandé. Il est autorisé à plaisanter avec toutes les tribus en priorité avec la famille royale.

Article 44: Tous ceux qui enfreindront à ces règles seront punis. Chacun est chargé de veiller à leur application.