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«Les griots ont une façon de
présenter l’épopée et parfois je me surprends à les imiter » Ahmadou
Kourouma
Depuis sa
légitimation au début de la consolidation de l’Empire du Mali au
XIII ème siècle jusqu’aux temps modernes, le griot demeure un personnage
presqu’ insaisissable, aux facettes sans cesse changeantes, bien qu’on
ait à diverses occasions, essayé de le définir et de le redéfinir. Malgré
le fait que la fonction sociale désignée sous ce vocable soit aisément
identifiable dans les sociétés du Sahel en général, et dans la
société mandingue [malinké] en particulier, le nom en français qui permet
de nommer cet individu, le mot « griot » est
cependant difficile à tracer l’origine exacte. Le dictionnaire Robert Pour
Tous (édition de criado’’ domestique’’de criar’’ élever’’
famille de créer, en Afrique noire, Membre d’une caste de poètes musiciens. »
Cette définition très sommaire ne permet pas de saisir la complexité de ce
personnage. En général « griot » désigne, dans la société
mandingue, l’artisan de la Parole ; une position stratégique qui le place au
coeur de la dynamique sociale. Le verbe est son instrument de travail et l’oralité
demeure le véhicule par lequel il transporte, construit, déconstruit, façonne
la parole. L’artisan nommé « griot » est à l’intersection
des valeurs sociales et politiques à transmettre. Il est au point de
convergence du contenu historique, linguistique, socio- politique de la
société mandingue. Par conséquent, on ne peut évoquer ladite société sans
rencontrer ce personnage -icône. Aussi, Ahmadou Kourouma, écrivain ivoirien,
utilise régulièrement le personnage du griot pour légitimer certains propos
du ou des narrateur(s) dans ses oeuvres. Notre étude cherchera à cerner ce
personnage tel qu’il apparaît dans Les soleils des indépendances
(1968) ; Monnè, outrages et défis (1990) ; En attendant le vote des
bêtes sauvages (2001) ; Allah n’est pas obligé (2000) ; Le diseur
de vérité (1998).
En effet, dans son oeuvre, Kourouma à chercher
à reproduire le « penser » et le « dire »
malinké, à montrer les différentes facettes de l’orature. Chez lui,
le personnage du griot apparaît comme l’icône de l’oralité en perte
progressive de son importance d’antan. L’irruption du colonisateur dans l’espace
du griot contraint celui-ci à participer à une cohabitation plus ou moins
agressive, voire aliénante. Il entre en confrontation avec un nouveau mode de
communication étranger à sa sphère de compétence. Cette invasion
semble vient de l’Europe, du pays des toubabs ou nazaréens, noms utilisés
pour designer l’Européen dans la langue malinké. Dans le contexte islamique,
ces derniers sont considérés comme des mécréants. Le conflit qui s’instaure
entre les deux espaces: une oralité séculaire et une écriture conquérante,
ne se résoud pas aisément. La rencontre de ces deux civilisations plonge le
griot et sa communauté dans un dilemme pénible.
En quoi ‘’l’aventure ambiguë’’ du
griot, exposée dans les quatre (4) romans et dans la pièce de théâtre,
permet de suivre son évolution dynamique et ses tentatives d’adaptation aux
mutations et bouleversements nouveaux ? Autrement dit, comment le maître
de la parole au cours de son aventure romanesque épouse les péripéties de l’histoire
depuis l’Afrique des Empires jusqu’aux nations actuelles ?
L’écriture de Kourouma prolonge de cette
aventure: la tentative d’envahissement de l’espace de l’écriture par les
attributs, les caractéristiques propres à l’espace de l’oralité ; la
tentative de faire coïncider l’espace de l’oralité et celui de l’écriture:
le second cherchant à imiter les caractéristiques de la première
.
L’Europe,du pays
des toubabs considérés dans le contexte de la religion islamique comme des
mécréants l'entreprise pour s’approprier l’écriture en la
soumettant aux normes de la parole orale ressemble aux transformations du griot
pour s’adapter aux contextes nouveaux. Comment le discours de celui
censé être le maître de la parole, s’adapte-t-il aux faits, aux
mythes nouveaux ? Et comment, au cours de ce cheminement, le griot s’approprie-t-il
les mythes nouveaux, crée-t-il un nouveau discours et achève-t-il de se faire
reconnaître ? Nous relèverons les différents aspects socio-politiques de
l’Afrique qui obligent ce personnage- icône à se métamorphoser, à s’adapter
à l’ordre nouveau. Tels sont en substance les axes de réflexion que cette
étude explorera.
Pour atteindre cet objectif, il faudra d’abord
parcourir évoquer l’histoire de la littérature négro-africaine,
particulièrement la littérature ivoirienne. Une étape importante de cette
littérature fut la naissance, dans les arts dramatiques, du concept de ‘’griotique’’
qui soulignait sur la valorisation du maître de la parole traditionnelle dans l’esthétique
théâtrale de l’Afrique moderne. En replongeant dans l’histoire de l’Afrique
de l‘Ouest, il faudra aussi évoquer le contexte socio-politique de l’espace
mandingue qui a vu naître et évoluer ‘’le griot’, explorer le
terme ‘’griot’’, et appréhender les autres fonctions sociales qui
existent dans la sphère mandingue. L’exposition de ces différentes
structures professionnelles, désignées par le terme de ‘’nyamakala’’
permettra d’apprécier le caractère unique du ‘’griot’’. Nous
aborderons ensuite la notion de Parole telle que les malinkés la conçoive et
établirons les catégories de paroles susceptibles employées dans des
circonstances précises. Ayant ainsi délimité le cadre de notre étude,
il sera possible de suivre ensuite le ‘’griot’’ dans son aventure
romanesque et historique selon la diégèse de l’oeuvre de Kourouma.
Pour une analyse ordonnée et progressive, l’évolution
du griot sera traitée non dans l’ordre chronologique de la publication de ces
quatre (4) romans et de la pièce dramatique, mais à travers l’évolution
historique de l’espace mandingue où la majeure partie de la narration se
déroule. Cette évolution historique est l’arrière-plan qui permet à l’auteur
de faire une critique acerbe aussi bien de l’Afrique que de l’Occident
impérialiste qui a donné naissance à cette Afrique moderne. Suivant l’ordre
de publication vient d’abord Les soleils des indépendances
(1968), puis Monnè, outrages et
défis (1990), En attendant le vote des bêtes sauvages (2001),
Allah n’est pas obligée (2000), et enfin Le diseur de vérité
(1998) [Pièce de théâtre]. Mais, la diégèse se déroule à partir du second
roman (dans l’ordre de publication) Monnè, Outrages et Défis ;
puis conduit aux
Soleils des indépendances et au diseur de vérité (la seule
pièce de théâtre écrite par l’auteur). Jouée à l’Institut
National des Arts à Abidjan [Côte d’Ivoire] en Décembre 1972 et
présentée à la Télévision ivoirienne en Janvier 1973 avant d’être
censurée, cette pièce s’intitulait, à l’origine « Tougnantigui ou
le Propriétaire de la vérité ». Dans En attendant le vote
des bêtes sauvages, le troisième roman dans l’ordre de publication le
griot joue un rôle vital dans le cercle politique de l’Afrique des
dictatures. Enfin, Allah n’est pas obligé le dernier roman
présente un griot complètement nouveau dont le discours est totalement
déconstruit. L’ordre choisi épouse les principales étapes de l’histoire
de l’Afrique, notamment celle de l’Afrique occidentale où vivent les
malinkés, les gens du Mali.
Les oeuvres de Kourouma sont souvent lues comme
des romans historiques. Cette montrera, en suivant l’évolution du griot de
comprendre son histoire personnelle qui est intimement liée à l’historique
de l’Afrique dans sa vaine résistance au colonisateur et dans sa lutte pour s’adapter
au monde moderne qui lui est imposé. L’aventure du griot permet à l’auteur
de dépeindre les tribulations de l’Afrique de la colonisation aux
soleils illusoires de la démocratie.
En effet, la rencontre du colonisateur et du
peuple malinké expose un problème de communication majeur entre les deux
protagonistes. Et, le griot, considérée comme l’artisan, le
maître de la parole dans cette communauté Malinké, est au centre du conflit
de la parole. L’oeuvre de Kourouma contribue à peindre le griot sous
diverses facettes. Chaque aspect de la personnalité du maître de la parole l’expose
aux prises avec un contexte socio-politique nouveau. Tout se passe comme si
celui-ci, depuis les temps glorieux de Soundjata, Empereur de l’Empire du Mali
qui lui légua la charge et la fonction d’artisan du verbe, il n’ y eut
plus de terrain stable pour lui. Contrairement aux autres nyamakala abusivement
désignés par le terme‘’hommes de castes’’ qui de gré ou de force se
furent laissés phagocyter par les siècles nouveaux, par le modernisme, le
griot demeure un mutant, s’adaptant sans cesse aux changements de son
environnement socio-politique. Peut-être est-ce parce que son outil principal
est la Parole ?
La Parole reste la vie en son
essence : « La Parole mange l’homme au Mandingue » dit le
proverbe, autrement dit, la parole possède en elle-même deux pouvoirs :
un pouvoir de création et un pouvoir de destruction. Il faut, par conséquent,
pouvoir l’utiliser à bon escient. On devra toujours se souvenir
de la maxime : « chaque parole à son toit » avant de proférer
un mot, une opinion. La Parole est pouvoir puisqu’elle permet de nommer,
de baptiser, de désigner les êtres et les choses, en un mot de communiquer. C’est
donc un outil radicalement différent de tous les autres instruments de
travail utilisés par les autres nyamakala. Le griot par l’instrument même qu’il
emploie est différent des autres catégories socioprofessionnelles : il
utilise un outil qu’on pourrait classer dans l’ordre de l’immatériel,
du non-palpable mais qui possède une puissance d’expression véritablement
matérielle dans ses manifestations.
Enfin, appréhendant le griot dans son
cheminement romanesque chez Kourouma, nous l’aborderons d’abord en
confrontation avec l’interprète colonial dans Monnè, Outrages et Défis.
Ces deux personnages, bien qu’issus de la même communauté linguistique, ne
servent pas du tout les mêmes buts puisqu’ils n’ont pas les mêmes
intérêts. Cette bruyante rencontre fait éclater le premier conflit majeur,
celui de la lutte autour de l’espace de la parole, pour la maîtrise de l’espace
du discours. Car, celui qui réussi à maîtriser cet espace, à dompter les
contours de la communication, infléchira une direction particulière à l’histoire.
Si le griot, maître de la parole traditionnelle, est l’initié aux arcanes du
contexte socio-politique malinké par sa maîtrise de la généalogie des êtres
et des choses vivants dans sa situation de communication, il le demeure surtout
par hérédité. Il n’en est pas ainsi pour ce ‘’griot moderne’’
qu’est l’interprète colonial.
Bien qu’issu du même contexte, de la même
communauté sociolinguistique que l’authentique griot, cet interprète est un
intrus en puissance, un violeur de l’espace de la parole qui ne lui appartient
pas traditionnellement. Il confisque la parole non pas parce qu’il y a droit
selon les préceptes de la Tradition, mais il l’accapare justement parce qu’il
est un collaborateur du colonisateur. Dès lors, nous plongeons progressivement
dans une série de quiproquos, de compromis qui glissent vers le conflit ouvert.
La colonisation de la parole par l’interprète, légitimée par le
colonisateur lui-même au détriment du griot et de sa communauté devrait
sonner le glas de ce dernier. Mais, nous assistons aussi à une série de
résistances, de mutations, d’adaptations du griot pour tenter d’être en
phase avec la société naissante qui, pourtant, tente de le réduire à néant,
d’annihiler, de dévaloriser voire de détruire son outil de travail. Comment
arrive-t-il, à travers une succession de remises en cause, à survivre là où
les autres nyamakala ont pratiquement échoué ?
Ces mutations du griot sont donc intimement
liées aux mutations socio-politiques qui ont secoué l’Afrique, de la
colonisation à nos jours. C’est ainsi qu’après les ‘’ Monnè’’ de
la colonisation, la période des années 1960 est évoquée dans le premier
roman dans l’ordre de publication : Les Soleils des Indépendances. Nous
y découvrons le personnage du griot qui s’est déjà métamorphosé,
épousant les contours de la société des indépendances. C’est un maillon de
la communauté malinké dans les centres urbains. Son cadre spatio-temporel a
grandement changé, par conséquent, cet artisan de la Parole doit identifier
les concepts de son nouvel environnement pour ne pas perdre pied ; il doit
pouvoir nommer et re-nommer, chiffrer et déchiffrer à la fois les êtres et
les choses de ce nouvel espace-temps avec précision afin de créer l’émotion
recherchée dans l’unique but de survivre aux dures réalités des cités
urbaines. La fonction qu’il occupait dans l’espace restreint de la
communauté villageoise s’est muée. Il est dans un processus accéléré d’adaptation
au contexte socio-politique, économique, voire et culturel, nouveau. L’unique
pièce de théâtre Le diseur vérité, rapproche un peu plus le griot de l’épicentre
du pouvoir politique mais, son rôle y est très controversé puisqu’il aide
à l’abrutissement de ses propres concitoyens.
D’ailleurs, le cercle du pouvoir politique
semble être, très souvent, visé par le griot ; finalement, dans En
attendant le vote des bêtes sauvages, le troisième roman dans l’ordre
de publication, il réussit à entrer dans l’arène politique. Il
semble avoir maîtrisé la ‘’Parole’’ de ces temps nouveaux. Dans
ce cercle politique, le maître de la parole possède deux pouvoirs
importants: il est griot et chasseur. Après moult tribulations, il réussit
ainsi à concilier son statut de maître de parole à celui de conseiller
politique des temps modernes comme il l’était d’ailleurs aux Temps Anciens.
Ce griot-ci est différent des deux premiers car il est un thaumaturge qui
doit user la puissance du verbe pour ‘’purifier’’ le
dictateur-président qu’il sert. Il sait les secrets de l’art ésotérique
de la chasse en pays malinké : le donzo-ya. Le griot devient en quelque
sorte un psychanalyste veillant sur la santé du président-dictateur. Grâce à
la puissance de la parole purificatrice, il se perd dans les trames du donsomana
pour purifier le souverain par sa thaumaturgie. Quand, sous les travers de
ce type de pouvoir abusif qu’il a aidé à soutenir, la société implose en
conflit armé, tribale, meurtrier, le griot s’adapte à la nouvelle société
en déliquescence par l’adoption de nouveaux outils de communication :
les dictionnaires. Dès lors, il prend les caractéristiques d’un adolescent
traumatisé par tant de violence dans Allah n’est pas obligé, le
dernier roman de Kourouma. Le griot y apparaît à la fois comme
narrateur et enfant-soldat.
Au-delà du griot romanesque tel qu’élaboré
par Kourouma, nous allons appréhender la figure du Griot archétypal, qui
permettra d’englober la « griotte », épouse et compagne du
griot, dans notre perspective. L’auteur ne l’évoque pas de manière
dynamique et explicite. Quand les griottes apparaissent c’est pour être des
objets de troc dans des mariages arrangés ou de simples figurantes pourtant,
elles jouent le même rôle que leur époux. Pourquoi cette omission quand on
sait qu’un grand griot a toujours dans son sillage une griotte active et
dynamique ? L’approche archétypal de ce personnage est l’unique voie
pour donner de la voix à la griotte, figure centrale féminine de l’art
griotique dans l’espace mandingue. Le griot mythique, archétypal qui
est à l’origine de la formation et de la consolidation de cette
profession n’est pas évoqué dans les romans de Kourouma. On le retrouve
surtout en faisant une lecture des diverses variantes de l’histoire de
Soundjata, ce qu’on a nommé : L’Epopée Mandingue. C’est l’analyse
croisée de ces deux personnages qui permettra de saisir l’évolution et
le parcours du griot de manière diachronique et aussi, d’apprécier à sa
juste valeur, la richesse de son cheminement depuis les débuts de l’Empire du
Mali jusqu'à nos jours.
L’analyse de la dynamique du griot à travers
ces romans, et son uniformisation avec le personnage historique du griot grâce
au concept d’archétype permettra de saisir l’étendue du cheminement du
Maître de la Parole. Il sera nécessaire d’établir l’indispensable lien
entre ces riches métamorphoses et la réalité sociopolitique de l’Afrique
contemporaine. Ce lien, cette mise en rapport sera la dernière partie de notre
étude. En effet, il apparaît que les deux groupes qui ont le pouvoir, le
griot ou plus proprement dit le djéli, artisan de la parole, et le dozo
(chasseur-guerrier) correspondent métaphoriquement, dans l’Afrique
contemporaine ‘’aux conseillers en communication’’, aux journalistes
dans l’arène politique pour le premier, et pour le second, au pouvoir
militaire et/ ou politique.
Ces deux catégories socioprofessionnelles
correspondent souvent à deux modes d’accession et de conservation du pouvoir :
les mass média qui, use et abuse de la parole, s’accapare de l’espace
du discours politique, se met sous la botte du pouvoir militaire et politique
pour asservir les populations. Ces dernières, privées de parole, végètent
dans un cadre spatio-temporel où tout moyen d’expression leur est
soustrait. Elles ne font que subir les affres de politiques démagogiques
absurdes qui ont fait échouer l’Afrique au cours des ‘’Soleils des
Indépendances’’, puis à l’ère des‘’Soleils’’ de la
Démocratie. C’est une lutte entre la parole et l’action : dialectique
meurtrière qui conduit à des guerres fratricides.
Qu’en est-il donc du griot historique ?
Ses métamorphoses successives des Temps Glorieux de Soundjata jusqu'à nos
jours l’ont conduit dans les différentes sphères des sociétés modernes.
Aujourd’hui, on le retrouve sur les scènes nationales et internationales en
tant que musiciens, cinéastes, peintres, journalistes, écrivains, conteurs…
etc. Le griot, indubitablement, s’est définitivement adapté aux diverses
mutations du siècle.
LA CHARTE DU MANDINGUE:
LA NAISSANCE OFFICIELLE
DU GRIOT
Les
représentants du Mandé Primitif et leurs alliés, réunis en 1236 à Kouroukan
Fouga (actuel cercle de Kangaba en République du Mali) après
l’historique bataille de Kirina ont adopté la charte suivante pour
régir la vie du grand ensemble mandingue.
I - DE L’ORGANISATION
SOCIALE:
Article 1er: La société
du grand mandé est divisée en seize (16) porteurs de carquois, cinq (5) classes
de marabouts, quatre classes (4) de nyamakalas. Chacun de ces
groupes a une activité et un rôle spécifiques.
Article 2:
Les nyamakalas se doivent de dire la vérité aux Chefs, d’être leurs
conseillers et de défendre par le verbe les règles établies et l’ordre
sur l’ensemble du royaume.
Article 3:
Les morikanda Lolu (les cinq classes de marabouts) sont nos maîtres et nos
éducateurs en islam. Tout le monde leur doit respect et considération.
Article 4:
La société est divisée en classes d’âge. A la tête de chacune d’elles est élu un
chef. Sont de la même classe d’âge les personnes (hommes ou femmes) nées au
cours d’une période de trois années consécutives.
Les Kangbès (classe intermédiaire entre les jeunes et les vieux) doivent
être conviés pour participer à la prise des grandes décisions concernant la
société.
Article 5:
Chacun a le droit à la vie et à la préservation de son intégrité physique. En
conséquence, toute tentation d’enlever la vie à son prochain est punie de la
peine de mort.
Article 6:
Pour gagner la bataille de la prospérité, il est institué le Kön¨gbèn Wölö
(un mode de surveillance) pour lutter contre la paresse et l’oisiveté.
Article 7:
Il est institué entre les Mandenkas le sanankunya (cousinage à
plaisanterie) et le tanamanyöya (forme de totémisme). En conséquence,
aucun différent né entre ces groupes ne doit dégénérer, le respect de l’autre
étant la règle.
Entre beaux-frères et belles-soeurs, entre grands parents et
petits-enfants, tolérance et le chahut doivent être le principe.
Article 8:
La famille KEITA est désignée famille régnante sur l’empire.
Article 9:
L’éducation des enfants incombe à l’ensemble de la société. La puissance
paternelle appartient en conséquence à tous.
Article 10:
Adressons-nous mutuellement les condoléances.
Article 11:
Quand votre femme ou votre enfant fuit, ne le poursuivez pas chez le voisin.
Article 12 :
La succession étant patrilinéaire, ne donnez jamais le pouvoir à un fils tant
qu’un seul de ses pères vit.
Ne donnez jamais le pouvoir à un mineur parce qu’il possède des liens.
Article 13:
N’offensez jamais les nyaras.
Article 14:
N’offensez jamais les femmes, nos mères.
Article 15:
Ne portez jamais la main sur une femme mariée avant d’avoir fait intervenir sans
succès son mari.
Article 16:
Les femmes, en plus de leurs occupations quotidiennes doivent être associées à
tous nos Gouvernements.
Article 17:
Les mensonges qui ont vécu 40 ans doivent être considérés comme des vérités.
Article 18:
Respectons le droit d’aînesse.
Article 19:
Tout homme a deux beaux-parents: Les parents de la fille que l’on n’a pas eue et
la parole qu’on a prononcé sans contrainte aucune. On leur doit respect et
considération.
Article 20:
Ne maltraite, pas les esclaves, accordez leur un jour de repos par semaine et
faites en sorte qu’ils cessent le travail à des heures raisonnables. On est
maître de l’esclave et non du sac qu’il porte.
Article 21:
Ne poursuivez pas de vos assiduités les épouses: du Chef, du voisin, du marabout
du féticheur, de l’ami et de l’associé.
Article 22:
La vanité est le signe de la faiblesse et l’humilité le signe de la grandeur.
Article 23:
Ne vous trahissez jamais entre vous. Respectez la parole d’honneur.
Article 24:
Ne faites jamais du tort aux étrangers.
Article 25:
Le chargé de mission ne risque rien au Mandé.
Article 26:
Le taureau confié ne doit pas diriger le parc.
Article 27:
La jeune fille peut être donnée en mariage dès qu’elle est pubère sans
détermination d’âge. Le choix de ses parents doit être suivi quelques soit le
nombre des candidats.
Article 28:
Le jeune homme peut se marier à partir de 20 ans.
Article 29:
La dote est fixée à 3 bovins: un pour la fille, deux pour ses père et mère.
Article 30:
Venons en aide à ceux qui en ont besoin
II - DES BIENS:
Article 31:
Il y a cinq façons d’acquérir la propriété: l’achat, la donation, l’échange, le
travail et la succession. Toute autre forme sans témoignage probant est
équivoque.
Article 32:
Tout objet trouvé sans propriétaire connu ne devient propriété commune qu’au
bout de quatre ans.
Article 33:
La quatrième mise-bas d’une génisse confiée est la propriété du gardien.
Article 34:
Un bovin doit être échangé contre quatre moutons ou quatre chèvres.
Article 35:
Un oeuf sur quatre est la propriété du gardien de la poule pondeuse.
Article 36:
Assouvir sa faim n’est pas du vol si on n’emporte rien dans son sac ou sa
poche.
III - DE LA PRÉSERVATION DE LA
NATURE:
Article 37:
Fakombè est désigné Chef des chasseurs. Il est chargé de préserver la
brousse et ses habitants pour le bonheur de tous.
Article 38:
Avant de mettre le feu à la brousse, ne regardez pas à terre, levez la tête en
direction de la cime des arbres.
Article 39:
Les animaux domestiques doivent être attachés au moment des cultures et libérés
après les récoltes. Le chien, le chat, le canard et la volaille ne sont pas
soumis à cette mesure.
III - DISPOSITIONS FINALES:
Article 40:
Respectez la parenté, le mariage et le voisinage.
Article 41:
Tuez votre ennemi, ne l’humiliez pas.
Article 42:
Dans les grandes assemblées, contentez vous de vos légitimes
représentants et tolérez-vous les uns les
autres.
Article 43:
Balla Fassèkè KOUYATE est désigné grand Chef des cérémonies et médiateur
principal du mandé. Il est autorisé à plaisanter avec toutes les tribus en
priorité avec la famille royale.
Article 44:
Tous ceux qui enfreindront à ces règles seront punis. Chacun est chargé
de veiller à leur application.
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