|
« KO-MON-KO »
OU LA GRANDE AFFAIRE DU KO-MON
QUELQUES ASPECTS
DU MYTHE ET DE LA COSMOGONIE DU MANDÉ DANS LE FILM YELEEN DE SOULEYMANE
CISSE.
Yeleen expose
quelques aspects d’une des plus prestigieuses institutions communes aux peuples
du Mandé. Sans traiter de manière systématique du Kô-mon, le film révèle
à travers la narration de la quête de Nianankôro, des symboles forts,
incontournables permettant d’appréhender, non seulement certains aspects des
mythes qui sont à la base de la genèse de cette confrérie, mais aussi leurs
influences lointaines sur certains rapports sociaux qui sous-tendent les
relations entre les membres de cette communauté. Sachant que le Kô-mon, en tant
qu’institution, dirige habillement toutes les activités sociales, cultuelles,
culturelles et politiques de la société Mandé, nous allons, à la suite de notre
analyse, faire ressortir les éléments symboliques évoquant l’origine mythique
du Kô-mon ; ensuite, nous lèverons un coin de voile sur les rapports
sociaux,
voire filiaux que laissent entrevoir le film en ce qui concerne la société
Mandé. Enfin, nous insisterons aussi sur le rôle dynamique et incontournable de
la Femme tel qu’il transparaît en filigrane à la lecture de Yeleen.
I. Mythe de la
création du Kô-mon
D’après le mythe, le Kô- mon a
été crée par dix-sept(17) forgerons et, il gère les six(6)grandes institutions
qui hiérarchisent les différents stades de l’apprentissage et de l’initiation
chez les Bambaras. Ces institutions sont :
Le « N’domo» :
ou la société des incirconcis. C’est la souche, la mère, le commencement,
l’origine de tout culte. Au sein de ce groupe, très tôt, le jeune adolescent
fait ses premiers apprentissages.
Le«Namakoroku»
: regroupe aussi bien les circoncis que les incirconcis. C’est une société de
culte dédiée au domaine agraire.
Le«Kô-mon» auquel
on accède après la circoncision et qui dit permettre à l’homme de se connaître
soi-même.
Le«Nama », le«Kono », le
«Korè» où
adhèrent tous les jeunes gens ou les adultes qui le désirent pour maîtriser la
connaissance.
Le«Korè»
qui est la sixième de ces sociétés, est la société cultuelle des hommes
âgés qui propose à l’homme : « de se dépasser, de dépasser la vie pour
s’élever vers le néant et vers Dieu.»D.Zahan, les Sociétés d’initiation
Bambaras.’
Le Kô-mon lui-même se dit le
dépositaire,
l’unique dépositaire de l’ensemble des valeurs spirituelles et de toutes les
autres valeurs de l’univers tangible.
Quelles sont ces valeurs ? C’est : « la
connaissance passée, la connaissance présente, la connaissance à venir, la
connaissance qui vient de Dieu, tout ce qui vient de Dieu et tout ce qui
retourne vers Dieu. » Nous retrouvons la place prédominante du Kô-mon par
rapport au savoir traditionnel dans l’ouvrage de D. Zahan sur les Sociétés
d’initiation : « Le Kô-mon est intimement associé au
Verbe, étant donné qu’il
est le principal élément de l’enseignement et de l’instruction, activités
éminentes du Dyo. »(P.35) Il reste le garant de la
continuité de la tradition et de la culture ancestrale, comme aussi le gardien
de la cohésion sociale.
Ainsi, le mythe et la cosmogonie des peuples
du Mandé, gravitent autour des personnages mythiques suivants qui sont la
base des croyances au sein de la confrérie:
1.
L’Hyène Mythique: Selon le
mythe, l’hyène aimait barboter et
pêcher dans la mare sacrée de Faro, Dieu, Moniteur de l’univers , Maître des
Eaux et du Savoir ,dont les signes sont matérialisés par les différentes parties
de la fleur de nénuphar.
«Kô-mon sùrùkù» ou ‘’ barboteuse
qui pêche dans la mare’’ fut donc le nom donné à la confrérie elle-même.
L’hyène, dit-on, est inoffensive et craintive et ne se nourrit que de
charogne,
symbole d’innocence. Elle est détentrice de la connaissance ésotérique, la
connaissance noire. Elle est, par conséquent, associée à :
-la nuit(qui abrite les secrets amours) ;
-au secret(secret de la maternité) ;
-au culte des travaux agraires ;
-à la fertilité et à l’abondance.
Aussi, l’Hyène demeure-t-elle la gardienne
de la vie sur terre. Elle apparaît au cours de la traversée du
désert de Nianankôro. Filmée en plongé et en contre-plongée, l’Hyène
Mythique annonce au jeune homme les grandes lignes et le résultat final de sa
quête.
2. Le Vautour Mythique: Animal
diurne, il est censé maîtriser la
connaissance blanche, connaissance claire et céleste. Patron de la guerre, de la
chasse, de la prêtrise, de la mort, le Vautour sacré protège et accompagne pas à
pas Nianankoro jusqu'à la bataille finale. En effet, il est constitué par le
talisman contenant l’œil magique du Korè que sa mère lui remet et, par le
sceptre fait d’une planchette ajourée qui se trouve en pays Dogon, avec l’oncle
Djigui. C’est l’association de ces deux parties du puzzle qui donnera toute la
puissance à l’Aile de Korè.
Ainsi donc, le culte du Kô-mon est placé
sous l’égide de ces deux animaux. Aussi, ce culte est-il le gardien :
-des signes ;
-des valeurs ;
-de la totalité du savoir.
3.
Le Forgeron Mythique: Le Forgeron Mythique est le prêtre du culte
du Kô-mon. Il est le Gardien de Faro et, il a reçu de lui, la Parole et
l’autorité sur les autres êtres de la création. C’est pour cela que, l’enclume
du forgeron demeure le premier autel pour adorer Dieu, le premier autel du culte
du Kô-mon. Le travelling latéral montrant le père de Nianankôro rentrant dans le
second village qu’il visite, nous introduit tout droit auprès de la caste des
forgerons, fondateurs mythiques du Kô-mon et détenteurs exclusifs de la prêtrise
au sein de cette confrérie. Une série de gros plans met en relief le travail de
la forge : enclume( premier autel ériger pour adorer Faro), feu (Lumière
’’Yeleen’’), forge en fusion, fer chauffer à blanc prêt à être modelé…etc. Il
faut signaler que, dans la confrérie du Korè, le Vautour Mythique ou « Korè
Duga » maître de la connaissance céleste, joue le même rôle par rapport au
vautour que, le rôle dévolu à l’Hyène Mythique vis-à -vis du forgeron.
Les pôles majeurs sur lesquels s’articulent
le mythe et la cosmogonie du Mandé, peuvent être schématisés par un triangle qui
posera la dynamique des rapports entre ces personnalités mythiques :
Le Forgeron Mythique (Gardien de Faro sur Terre)
Le Vautour Mythique
L’Hyène Mythique
(Diurne/pôle positif) (Nocturne/pôle
négatif)
Il faut préciser que cette notion de
négativité et de positivité n’a absolument rien à voir avec l’acceptation
populaire, presque consacré, qui fait du négatif ce qui est mal et du positif ce
qui est bien. Il s’agit d’éléments énergétiques complémentaires et nécessaires
pour la manifestation d’un phénomène donné, et dans le cas d’espace ici, ces
éléments sont nécessaires pour la manifestation de la présence de Faro,
l’Énergie Divine. Ce sont des multiples expressions de la Dualité. Aucun de ces
deux pôles n’est mauvais ou bon en soi. Ceci dit, dans Yeleen, le combat final
entre le père et le fils présente ces deux forces en conflit et, la conséquence
logique est la destruction totale. En fait, elles doivent fonctionner en
harmonie car le but de toute adoration s’élevant vers Dieu, est de ramener
l’équilibre.
Le représentant du Korè entrant en conflit
avec celui du Kô-mon est le signe que le déséquilibre s’est installé. La voix
« off », au début du combat final, nous le confirme en accusant le père pour
l‘utilisation pernicieuse d’un des aspects de la « Force. »
II. Récit Mythique et Métaphysique : du rôle de la Femme
En ce qui concerne le récit mythique et métaphysique de la création, qui est à la base des sociétés initiatiques du Mandé telle que le
Kô-mon, il s’échelonne comme suit :
1-La Création
*Préliminaire
Au
début :
Il n’y avait que le Glan : vide originel, mouvement
universel, lequel engendra son double, Dya.
Glan-Dya s’enroule en deux (2)
spirales de sens inverse en dégageant le Zo: une force dont procède
l’Esprit : Yo.
Yo
en tournant aux quatre (4) points cardinaux, engendre quatre (4) mondes : le
monde actuel qui est le troisième des quatre mondes, et le monde futur qui
réalise et soutien le monde actuel.
*La Création : le conflit.
Pendant
la création, on voit s’ordonner 22(vingt deux) Éléments qui sont les
caractères généraux des Êtres, des Idées. Yo engendre la
Terre comme une « chose lourde », son nom est Pemba.
Ensuite, il conçoit le Ciel : Faro. Yèrè-yèrè-li ou
vibration caractérise Faro : « chose légère et vibrante. »
Faro tombe ensuite sur la Terre, sous forme d’eau et y amène la
Vie. On voit donc apparaître dans l’ordre : l’herbe, les scorpions, certains
poissons, les crocodiles, et autres animaux aquatiques; l’homme qui est aussi
aquatique va donner naissance aux premiers humains : les pêcheurs Bozos, de nos
jours encore, caste exclusif de pêcheurs dans le Mandé.
Pemba engendra son double féminin son
double : Moussokorôni.
·
Moussokorôni
devint sa femme ; Mousso: femme/épouse ; korôni : vieille, âgée.
Les
hommes étaient immortels, ils étaient nés de Faro et lui adressaient
leurs prières. A cinquante neuf ans (59) ans, ils devenaient des jeunes de
sept(7)ans. Ils ne travaillaient pas, et ne proféraient que des grognements.
Mais, Pemba exigea que toutes les femmes s’unissent à lui.
·
Moussokorôni , jalouse, part de
par le monde en mutilant le sexe des hommes et des femmes. On situe là l’origine
de la circoncision et de l’excision. Par cet acte, elle venait d’introduire dans
la Création le désordre, le malheur
et la mort. Elle inventa
les techniques agricoles pour survivre mais, à son contact, la Terre devint
impure. Enfin, elle mourut.
·
Pemba
prend alors conscience de la densité, de la richesse et du pouvoir énergétique
du sang en s’unissant à une vierge. Ainsi naquit le sens de l’offrande
du sang qu’il exigea des hommes. La gent humaine est épuisée, elle fait
appel à Faro.
· Faro
fit don aux hommes de la tomate:
La Tomate se métamorphosa en sang rouge et en fœtus. Une
lutte épique s’engagea entre les deux. Pemba est vaincu par Faro. Le culte qui
lui était voué prend ainsi fin. Mais, dans un dernier élan, Pemba fit savoir aux
humains qu’ils sont, à partir de sa chute, mortels. Quant à Faro, l‘Esprit ayant
dompté le Chaos matériel, il décide de rétablir l’ordre primordial. Pour
cela,
il crée : le jour et la nuit, les saisons, les 7 (sept) cieux, les 7 (sept)
parties ou calottes de la terre.
Au niveau de la gent humaine, il instaura leur division en
races et en castes. Il leur dicta les interdits et
leur légua les huit (8) graines nourricières pour les faire vivre.
Quels sont les caractéristiques de Faro ?
Il est en ce sens le gardien de cet élément. Il tient donc en réserve les Douze (12) Eaux qui, dans un cataclysme
final, balayeront l’ordre ancien pour instaurer un nouvel ordre, un nouveau
monde.
Ce déplacement se fait dans un but
précis : régir et surveiller le monde et se produit tous les quatre cents ans
(400 ans). Pour matérialiser sur le plan terrestre la présence de Faro, on le
représente par un chapeau tressé en spirale, comprenant huit (8) spires
autrefois réservées au roi.
2. Du rôle dynamique de la Femme à travers
Yeleen
On remarquera que, la hiérarchisation du
Kô-mon et sa cosmogonie font apparemment très peu de place au rôle de la femme.
La seule femme qui intervient dégage un symbolisme négatif. En effet, si
Moussokorôni apparaît dans cette cosmogonie, c’est pour être l’instigatrice
du désordre, de la destruction. Cependant, nous sommes tenter de nous poser la
question de savoir entre Pemba le Mâle et Moussokorôni la
Femelle qui est, réellement, l’initiateur de ce désordre primordial ?
Mais,
l’intention de Souleymane Cissé ne serait-elle pas de briser cette vision
univoque du rôle de la femme , en lui assignant un rôle constructif et positif
dans cette société Mandé qui fait une part belle aux hommes? En
effet, le rôle
des femmes à la suite de notre lecture de Yeleen est très loin d’être passif :
a. L’Image de la Mère
La mère de Nianankôro est un adjuvant majeur.
C’est la protectrice attitrée de son fils contre le père, un mâle
déchaîné,
aveuglé par la vengeance. Mais malgré des années de persécution par le père,
elle lui voue du respect et de la crainte aussi. Elle rabroue pratiquement
Nianankôro qui porte un jugement négatif sur le mariage entre son père et sa
mère, ce qui est irrévérencieux dans la coutume mandée. Il est interdit à un
fils d’émettre ce type de réflexion. Le mère a en fait le pouvoir
puisque, les
femmes étaient aussi initiées.
Nianankôro est l’instrument d’exécution de la
punition du père aux mains de la mère. Elle a la clé ésotérique de la
destruction du père, de l’instauration d’un nouvel ordre. C’est elle qui,
pendant des années dans le secret, a conservé le talisman qui est l’élément
essentiel pour redonner tout son pouvoir à l’Aile de Korè. La capacité de la
Femme à conserver le secret apparaît à travers cet acte. Son intuition lui
permet de savoir que le moment est venu de faire sortir cette arme contre le
père. Cette séquence de l’émouvant dialogue entre mère et fils, fait ressortir
les qualités de la Femme : mère, épouse, protectrice. La fougue guerrière de
Nianankôro est calmée par la douceur et le calme de sa mère. Dans les faits,
c’est elle qui construit le cheminement que son fils devra suivre, pour sortir
victorieux de la confrontation finale. Tout en remettant le talisman, elle
présente sous les traits d’un simple voyage, d’une simple fuite, le déplacement
de Nianankôro pour rencontrer l’oncle Djigui : «J’ai quelque chose que je vais
te donner et que tu dois conserver sur toi jour et nuit. Il ne faut pas que
cette chose te quitte. » La clé de la chute du père est cette ’’chose’’
qui semble anodine. Ce pathétique dialogue met en exergue un aspect essentiel
des rapports filiaux entre mère et fils au sein de la famille du Mandé.
Le lien d’avec la mère est très fort et même
plus fort que le lien qui unit au père. Dans cette culture, on désobéira
volontiers au père et pas à la mère. On considère toujours que les bénédictions
de la mère sont plus protectrices que celles du père et que, votre mère vous
appartient à vous seul et non votre père.
En effet, en situation de polygamie, ce qui
était la norme, votre père a d’autres épouses et, par conséquent, d‘autres
enfants. Ainsi, le lien d’avec vos demi-frères, n’est qu’un lien paternel. Cet
état de fait génèré très souvent par une gestion approximative de la
polygamie,
instaure parfois un conflit permanent entre frères et sœurs du même père et de
mère différente.
Dans Yeleen, nous pouvons dire que nous
sommes typiquement dans ce type de relation filiale, ce type de conflit aussi
complexe que multiforme.
Nous savons que Nianankôro est en lutte
déclarée contre l’instance paternelle. Les séquences du début du film campent
les deux protagonistes en train de se préparer chacun, pour affronter l’autre.
Mais, la cause profonde de ce conflit reste brumeuse. Chaque fois que l’occasion
s’est présentée pour justifier ce conflit, Soma nous perd dans un dédale
d’explications ayant trait à la violation des secrets Ô ! Combien de fois sacrés
et millénaires du Kô-mon. Bafing, lui aussi suit simplement Soma dans sa
logique de destruction sans explication cohérente aucune. La lecture de la
personnalité des deux parents fait ressortir un cas typique de « Badén-
ya » et « Fadén-ya. » Ainsi, cette lutte n’est pas
seulement de l’ordre du religieux, elle est aussi de l’ordre du conflit
familial. Ce genre de conflit est désigné sous le nom de Badén-ya et
Fadén-ya. D’ailleurs, à travers un plan rapproché qui insiste sur
l’atmosphère à la fois dramatique et tragique de ce combat final, Nianankôro
dit très clairement : «Ce que craint le Bambara, c’est l’humiliation, la honte
et le ‘’fadén-ya’’. Sinon, la mort elle-même est comme un couteau que
l’on porte en permanence à la ceinture. » Le mot « Fadén-ya » étant lâché
par le jeune homme lui-même, il nous éclaire sur l’une des causes probables du
conflit.
Comment donc ce concept se manifeste-t-il socialement?
Définition:En
effet, dans la société mandé, ces deux concepts sont d’une importance
essentielle pour appréhender la personnalité sociale de l’individu dans ses
différents rapports avec ses parents, au sens large du terme.
Etymologiquement, les deux mots
signifient:
Badén-ya :
Ba( ou Man, N’nan ):
mère. Badén : enfants de même mère. La particule « Ya » désigne le
concept en soi, le fait de pratiquer une activité. Donc, Badén-ya désigne
les rapports entre les enfants issus de la même mère.
Fadén-ya:
Fa(Va) :
père.
Fadén : enfants de même père. Fadén-ya désigne les
rapports qui sous- tendent les relations entre les enfants qui n’ont, uniquement
que le même père mais sont de mère différente.
Manifestation:
Ces deux concepts sont très concrètement
observables dans la société mandée. Il ne s’agit pas de simple concept dénué de
signification profonde. Dans la pratique, les oppositions résultantes du
Badén-ya
et du
Fadén-ya peuvent générer des conflits s’étalant sur plusieurs génération
et pouvant conduire à la mort des protagonistes. Pratiquement, sa manifestation
est la suivante : on ne traitera pas de manière identique le frère ou la sœur
avec lequel ou laquelle on a la même mère, comme celui ou celle avec lequel ou
laquelle on est de mère différente.
Le « Badén-ya »
se caractérise par des actes de solidarité, d’attention, de protection, de
respect et d’amour filial intense entre ces enfants qui ont la même mère.
Par opposition, le « Fadén-ya »
se caractérise très souvent par l’agression, la compétitivité, une sorte
d’adversité à l’égard de ces frères ou sœurs de même père uniquement. Mais comme
tout phénomène social, il est soumis à la dualité. Ces attitudes peuvent être
soient négatives soient positives. On ne fait que définir ici le cadre
général, comportemental, des rapports entre individus dans la société mandé. Ceci
dit,
les choses ne sont pas figées et ne sont jamais figées parce qu’il existe un
éventail impressionnant de voies de médiation. Ces attitudes donc varieront d’un
individu à l’autre, d’une famille à l’autre, d’un clan à l‘autre.
Cependant, il
est important d’être assez attentif à ce concept qui permet, généralement,
d’interpréter les situations de conflit, d’amour, d’équilibre et de déséquilibre
dans la société mandé. Si le complexe d’OEdipe est un mythe majeur pour tenter
de saisir ce qui se cache derrière la personnalité de l’Individu occidentale,
nous pouvons considérer, à juste titre, que les concepts de Badenya et de
Fadenya sont des clés pour appréhender, dans une certaine mesure, la
personnalité de l’Individu mandé. La Femme a, associé au statut de
Mère,
celui d’Épouse. Ces deux statuts sont intrinsèquement liés. Et, Souleymane
Cissé prend soin de les faire coïncider dans le film. A ce propos, il est
fondamental de noter que, dès que Nianankôro rencontre et épouse la fille
Peul,
l’image de sa propre mère ne réapparaîtra plus du tout dans le film. En fait, la
présence de l’épouse qui est le nouveau personnage féminin dans le champ
d’action de Nianankôro, ne fait que nous rappeler de manière persistante que, la
Mère, en tant qu’instance protectrice majeure, est et demeure, plus que jamais
présente aux côtés du jeune chercheur, semblable à une sentinelle infatigable à
son poste.
b.
L’Image de l’Épouse:
L’épouse de Nianankôro est le symbole du
triomphe, on pourrait
dire la continuatrice de « la Suite du Monde. » C’est elle qui survivra à la
suite du conflit final et donnera naissance au fils de Nianankôro. La succession
de séquences vers la fin de la narration leur fait une part belle. Elle émerge
du sommet d’une montagne. La montagne reste le symbole en puissance de l’axe du
monde et de la création, du lieu à partir duquel l’on domine les contingences
terrestres. Émerger du sommet d’une montagne est le signe que l’initié a atteint
la maîtrise. La montagne est l’axe de communication par lequel on se tient loin
des Hommes, des contingences matérielles, tout en se rapprochant de la
Divinité,
de Faro. Il en est de même pour les religions dites « monothéistes. En
effet,
l’un des messages les plus important du Christ fut prononcé à partir de ce pôle
d’où son nom : « Le Sermon sur la Montagne. » Les Tables de la Loi de Moise
furent reçues au sommet d’une Montagne : physiquement, on parle du Mont
Sinaï. Mais, en terme mythologique, cette montagne n’a aucune localisation
spatio-temporelle. Le Prophète de l’Islam fut visité par l’Ange Gabriel au Mont
Hira où il se retirait en méditation.
Dans toutes les civilisations et cultures, le paradigme constant
pour évoquer l’éloignement du monde des Hommes et le
rapprochement du monde de la Divinité, on utilise la montagne ou, tout autre
promontoire qui symbolise l’élévation. Quand dans
Yeleen,
Souleymane Cissé fait émerger l’épouse de Nianankôro du sommet d’une
montagne,
c’est pour s’inscrire dans cette tradition quasi universelle qui fait de la
montagne, rupture par rapport à l’espace plane, symbole d’élévation de la
conscience vers plus de Lumière.
La présence de la Femme est également manifeste à travers aussi
bien l’enfant, qu’à travers l’œuf que celui-ci transporte. En
effet, l’œuf est
toujours porté par la femme, en son sein, puisqu’elle est l’unique personne qui
enfante et demeure la principale éducatrice au foyer. L’œuf contient en lui-même
toutes les potentialités de la création, de l’être future et, la seule personne
qui puisse prendre soin de ce nœud de vie fragile, c’est bien la femme et
uniquement la femme. L’Homme n’a pas ce don pour pouvoir prendre soin d‘une
maternité. La patience et les qualités intuitives de la Femme lui donnent cette
prééminence. Voilà pourquoi elle demeure la continuatrice. A travers la
maternité qui est considérée comme le sacrifice suprême, la Femme montre sa
prééminence sur l’Homme. La maternité reste l’acte de sacrifice par excellence
qui prouve que l’Homme est incapable d’offrir en contrepartie, un acte aussi
sacrée.
La séquence en contre-plongée, avec la femme émergeant de la montagne, prouve qu’elle demeure le moteur de la
communauté. C’est elle qui
passe toujours le témoin. Elle est le support, le socle sans lequel l’époux ne
peut agir de manière cohérente. Privé de soutien, aussi bien psychologique que
moral, l’homme n’a aucun pouvoir. Le chemin que parcours l’épouse de Nianankôro
à travers le village Dogon pour rencontrer son époux avant la bataille, lui
fait rencontrer un groupe de femmes en noir portant des paniers en osier. Ce
plan de l’épouse en mouvement, avec cette image fugitive des femmes à
l’arrière-plan, ne préfigure pas t-il la mort prochaine de Nianankôro,
puisqu’elles sont toutes habillées en noir, couleur de deuil et de
recueillement ? Ensuite, les paniers en osier qu’elles portent toutes, sont le
symbole en puissance de la matérialisation de la présence de Faro, le Dieu des
Eaux, en ces lieux et aux côtés de Nianankôro, en ces moments tragiques.
Enfin, à travers la séquence montrant Nianankôro sur le
chemin pour son combat final, Souleymane Cissé fait intervenir un autre symbole
hautement féminin : l’Oeuf Cosmique, symbole de la Création et de la Fécondité
par excellence et réceptacle en puissance des potentialités de l’être
futur.
Cet Œuf est représenté par un autel de forme oblongue devant lequel,
respectueusement, le jeune chercheur fait, par trois fois, la révérence. Nous
pouvons donc affirmer que, chaque étape de sa quête est donc ponctuée par la
présence de la Femme et de l’élément féminin pour le soutenir. Le sacrifice du
lait dans l’eau, sacrifice effectué par la mère appelant la protection de la
Déesse des Eaux au secours de son fils, ne fait que confirmer la présence voire
l’omniprésence du pouvoir féminin aux côtés de Nianankôro dès le début de sa
quête.
***
Notre analyse de Yeleen permet de saisir un aspect du mythe et
de la cosmogonie qui ont prévalu à l’instauration de ce culte sacré qu’est le
Kô-mon. Bien que le rôle dévolu à la Femme semble être une portion congrue dans
cette mythologie, la lecture du film permet cependant d’affirmer que,
Souleymane Cissé y a privilégié le Principe Féminin et la Femme sous des
formes variées et cela, tout au long de la quête du personnage principal.
Ainsi, il apparaît que la relation entre le Principe Masculin et le Principe
Féminin, comme d’ailleurs le mythe le relate, est une dialectique nécessaire à
l’expression de la Vie. D’autre part, sur un plan plus matérialiste, ne
pouvons-nous pas considérer Yeleen comme une histoire initiatique et politique
des Temps Modernes ?
En effet, dans l’organisation et la
hiérarchie du Kô-mon en conflit avec Nianankôro, se profile en filigrane une
longue métaphore de l’Afrique des «Soleils des Indépendances », engluées dans
ces difficultés politiques et économiques où, le paradigme de la faillite est
devenu l’étalon international pour évoquer ses problèmes. Initiation aussi d’une
Afrique à une période de sa longue et tumultueuse histoire, ayant les pieds dans
la Tradition et la tête dans le Modernisme à travers sa jeunesse qui, à l’image
de Nianankôro, veut avancer. Ces Traditions doivent, comme les marches d’une
échelle permettre de s’élever. Lorsqu’elles se transforment en entraves qui
empêchent d’atteindre la marche suivante, alors elles deviennent de véritables
obstacles. Enfin, comme Fable politique, Yeleen n’est–il
pas un appel au changement sans pour autant y perdre son
âme ?
Bibliographie
-
Metz, Christian. Essais sur la
signification du cinéma –Tome I. Paris: Editions Klincksieck, 1994.
-
Grigorieff, Vladimir. Mythologie du
monde entier. Belgique : Marabout, 1989.
-
The Hero with African Face*Mythic wisdom of Traditional
Africa, Clyde W. Ford, Bantam Books (1999).
-
Mythology, Cliff notes on …by James Weigel Jr.(1991)
-
Myths to live by, Joseph Campbell , Arkana,(1993).
-
Puissance du Mythe, Joseph Campbell ( J’ai
lu 1991).
-
Theorizing about Myth, Robert A. Segal, University of
Massachusetts (1999).
©COPYRIGHT 2001
LE
THÈME UNIVERSEL DE LA QUÊTE DU HÉROS
A TRAVERS LES FILMS
« YELEEN » DE SOULEYMANE CISSE ET « STAR WARS » DE GEORGE LUCAS
La quête du héros ou de la personne considérée comme telle est
une constante dans toutes les civilisations et dans toutes les cultures
humaines. On la retrouve sous diverses formes dans les mythes, les contes et les
légendes des sociétés humaines. Cette quête initiatique décrite l’aventure
d’une personne afin d’aider sa communauté à atteindre un nouvel état de
conscience. Il s’agit avant tout d’un processus permettant d’accéder à un
autre degré de compréhension de notre environnement. Notre lecture du film de
Souleymane Cissé et de George Lucas nous inscrit dans ce cheminement
métaphorique de la psyché humaine. A travers ce thème, nous caractériserons la
quête des principaux personnages de chaque film et nous montrerons que, la
différence de genre de ces deux productions ne les empêchent pas de se faire
écho l’une l’autre en abordant le même thème universel.
I.
Archétype et Inconscient collectif
Il faut remarquer que les itinéraires de la vie, de la quête des
personnages, qui incarnent le héros se construisent toujours de manière quasi
identique. Cette quête forme ce que Carl Gustave Jung désigne sous le
terme d’« archétypes de l’inconscient collectif » autrement dit, des
structures symboliques partagées par l’humanité entière, et qui sont inscrites
au plus profond de la psyché humaine. Étant donné que la
psyché humaine est la même chez tous, elle constitue par conséquent notre
expérience intime intérieure. Les archétypes évoqueront donc des sortes de
briques élémentaires constitutives de notre être. Ils ont une base biologique
selon Jung car se sont les manifestations extérieures du pouvoir de nos organes
physiques. Quant à Freud, son « inconscient » est
l’ensemble des expériences traumatisantes que l’individu réprime ou à réprimer
durant sa vie.
Par opposition à
Jung, nous remarquons que l’inconscient Freudien est strictement personnel,
privé, il est plutôt la biographie de l’individu. Mais la
biographie a fort peu à voir avec les archétypes. En un mot, les archétypes de
l’inconscient sont biologiques et non biographiques. Au
cours l’histoire humaine, ces archétypes ou briques élémentaires de base ont
évolué en adoptant la teinte de l’environnement social, historique, géographique
des milieux qui les ont vus se manifester extérieurement. C’est sans doute ce
qui permet d’interpréter les similitudes entre les contes, les mythes qui
semblent éloigner les uns des autres.
C’est ce qui nous permettra de dire que la quête du héros dans
Yeleen de soulever Cissé et dans Star Wars de George Lucas reste
l’expression des archétypes de notre inconscient collectif.
En abordant l’analyse des deux films, nous constatons que deux
sociétés différentes sur le plan de la culture, du dégrée d’industrialisation :
la société américaine du XXIème siècle et la société Mandingue du XIIIème
siècle n’échappent pas à l’emprise de la stature du héros. On pourra dire que
George Lucas a revêtu d’habits neufs des récits mythiques ancien. Pouvait-il en
être autrement ?
La quête des deux personnages bien que située d’après les films
à des époques différentes n’en font pas moins des héros soumis au même types
d’obstacles.
Une étude croisée des deux personnages, de leur cadre
spatio-temporel, de leur cheminement en rapport avec d’autres actants, nous
permettra de saisir les similitudes persistantes entre eux.
II. Situation
Les deux films sont
de genre différent : Star Wars est un film de Science Fiction, alors que Yeleen
commencent respectivement par nous situer par rapport à la narration qui va
suivre. Yeleen commence par une série de textes explicatifs qui fixe le
contexte : nous sommes dans le macro-espace qui est l’ancien Empire du Mali au
XIII siècle, et dans le micro-espace qu’est la confrérie du Komo. Quant à la
Guerre des Étoiles, le menu déroulant qui commencent au bas de l’écran et se
perd dans le fond en se réduisant comme s’il était englouti dans l’espace
sidéral indique que le temps de ce récit est un futur lointain.Dès
les premiers plans du film, sans transition aucune, nous sommes transportés
dans le domaine du sacré et du secret. Un enfant nu vient allègrement attacher
au pied d’un autel un chevreuil tout blanc.
Dans le Retour du Jedi, on ne voit pas d’emblée cet
aspect ésotérique que l’on trouve dans Yeleen. Cet aspect se dévoilera peu à peu
car les oppositions ne sont pas non seulement politiques, militaires, elles sont
aussi et surtout de l’ordre du sacré, du religieux voire du mystique :
l’Obscurité contre la Lumière. Nous sommes dans l’espace sidéral, donc l’homme a
su maîtriser la pesanteur.
III. Les
personnages principaux : leur formation et leurs fonctions
L’évolution des deux personnages principaux et les conflits
entre adjuvants et opposants impriment une forte dynamique à ce récit
filmique. En effet, les deux principaux personnages que sont Nianankoro et
Luke Skywalker ont des noms qui caractérisent amplement leur personnalité
réelle, leurs fonctions dans le film. Nianankoro en Malinké ou Bambara
signifie qui est beau, qui possède déjà la beauté : Nianan : qui est
déjà beau, qui devient beau ; Koro : ancien, vieux ou vieille. Par
anticipation nous pouvons dire que ce type de personne ne peut poser que des
actes nobles et dignes. Sur l’autre plan, Luke Skywalker
reste un nom assez métaphorique pour expliquer ses randonnes dans l’espace
interstellaire. En fait, le
nom Skywalker est un titre de Loki, le dieu nordique du feu. Loki fut puni pour rébellion
contre les dieux à être attaché à un rocher, où un serpent introduit du venin
dans son corps. C’est donc un rebelle en puissance. Toute la trilogie de Star
Wars le démontre concrètement. Il part lutter pour une cause juste au sein de
l’Alliance Rebelle.
Ces deux héros ont suivi une initiation
dans leur communauté respective, ce qui leur a permis d’avoir le pouvoir, la
maîtrise des Éléments. Luke est aussi initié aux techniques secrètes pour
maîtriser « la Force. »
En ce qui concerne Nianankoro,
l’étape de son initiation n’apparaît pas dans le film. On dira que cette partie
de la narration est hors-champ mais, nous prenons conscience de cette formation
traditionnelle par rapport aux actions des différents personnages et aussi
par rapport à leur discours.
Comment devient-on un initié Komo et un Chevalier Jedi
a. « Kô-mon
Ko » ou la Grande Affaire du Kô-mon ?
Le Kô-mon est une des multiples institutions socio- religieuses
que comptait et que compte encore l’Empire Mandingue. Elle est commune aux
Malinkés et aux Bambaras. Le but ultime du Komo selon les initiés c’est de se
connaître soi- même. Le mot en lui-même littéralement veut dire « pêcher
dans la mare ».Il faut comprendre par « mare » l’univers crée par Dieu et
dans lequel les êtres vivants et particulièrement les humains puisent la
connaissance pour pouvoir vivre. Le symbole de
cette confrérie comme d’ailleurs d’autres confréries de cet espace culturel est
l’Hyène Mythique. Dans Yeleen, l’Hyène Mythique est un des principaux
adjuvants qui donne un soutien psychologique essentiel a Nianankoro dès le début
de sa quête. A travers une série de plan, plongée et contre-plongée notamment,
nous assistons au monologue de cet animal qui rassure Nianankoro en ce qui
concerne l’issue positive de sa quête. L’Hyène Mythique est donc le symbole
majeur de nombreux culte des sociétés d’initiation du Mandingue.
On entre dans le
Kô-mon après la circoncision des jeunes adolescents. Et cette initiation est
obligatoire pour tous les jeunes qui ont subi la circoncision. La confrérie
assurera l’éducation culturelle, politique, sociale religieuse des néophyte. Son
instruction se poursuit durant toute la vie car dit-on ‘’il est aussi
inépuisable que le savoir lui-même’’.
b.
Le Chevalier Jedi :
Comme le Kô-
mon, l’Ordre des Jedi est une confrérie. C’est au sein de cet Ordre que Luke
Skywalker a reçu son initiation. Les néophytes de cet ordre sont recrutées à
l’age de six ans pour les humains, afin d’ éviter qu’ils ne soient corrompues
par les Forces de Ténèbres. Ils sont initiés au temple des Jedi. A la fin de
leur première étape de l’initiation, ils sont appelés « apprentis ». A ce stade
ils sont adolescents. Pour accéder à l’échelon de Chevalier Jedi, il leur faut
un entraînement très contraignant et une pratique régulière afin de démontrer
qu’il maîtrise toutes les facettes de la Force notamment la face obscure et la
face lumineuse.
Qu’est ce que la Force ?
Si l’on s’en tient aux déclarations de Ben Kenobi dans l’épisode IV de la Guerre
des Etoiles, la Force est :«
un fluide crée par tous les êtres vivants. Une énergie qui nous entoure et nous
pénètre et maintient la galaxie en un seul tout unique. » L’arme des combats des
Chevaliers Jedi est le Sabre-laser. Le symbolisme de sa couleur détermine le
statut de son propriétaire légitime. Ainsi à bien voir la trilogie de la Guerre
des Etoiles, il y a trois couleurs de sabre-lasers : Le bleu pour les apprentis, le
vert pour les Chevaliers Jedi et le rouge pour les Sith . Les Sith sont une
confrérie de Chevaliers Jedi déchus qui ont préféré servir le coté obscure de la
Force. Cette notion de la Force et de Chevaliers déchus se retrouvent également
dans le Kô- mon.
c. Opposants et
Adjuvants
Les deux héros que sont Nianankoro et Luke
Skywalker dans leur quête de sens, dans leur quête pour apporter plus de
lumière à leur communauté respective, doivent affronter des obstacles qui
étofferont leur texture.
Nianankoro et Luke Skywalker ont chacun pour
opposant principal leur père. Nianankoro a été initié aux secrets du Komo. Son
père lui reproche de vouloir divulguer ses secrets plusieurs fois millénaires
pour les lesquels ses ancêtres ont voué un culte exemplaire et sacré. En fait
d’accusation personne ne sait en réalité ce que son père lui reproche, y compris
Nianankoro lui-même. En effet, à la bataille finale, il insiste auprès de son
père pour savoir ce qu’on lui reproche. Son père incapable de lui donner une
réponse cohérente. Son père Soma et sa
clique utilisent la « Force » pour soumettre et détruire. La signification du
nom de son père en dit long sur sa personnalité. En effet, Soma est le terme
pour désigner l’initié qui ne connaît que les diverses catégories de
végétaux, de minéraux, d’animaux…etc. Il est initié à la taxonomie des choses et
des êtres. Mais, il est incapable de diagnostiquer par exemple une maladie et
prescrire les plantes médicinales appropriées pour soigner ladite maladie. Il
fera immanquablement appel à un initié d’un autre rang supérieur au Soma,
c’est le Doma. Ainsi, quand il s’agit d’application, le Soma se
réfère toujours au Doma. La signification de son nom et de son rôle dans la
hiérarchie sociale qu’il semble lui-même ignorer, préfigure les actes obscures
qu’il va poser. C’est le personnage qui n’a pas lui-même
complété, totalement son initiation, mais qui se veut gardien de la tradition
et part pour châtier son fils. Le but ultime de la quête de tout pour héros
c’est en complétant son initiation devenir une Lumière aussi bien pour lui-même
que pour les autres.
Ba-Fing
est le nom d’un autre oncle de Nianankoro. Son nom signifie océan/ fleuve
obscure ce qui en dit long sur le personnage. Il est tout aussi violent que
Soma. Il fait une brève apparition dans le film. Et après avoir semé le
malheur dans le village Peul ou son neveu avait jadis trouvé refuge, un superbe
plan panoramique le montre partir au soleil couchant et, le chant qu’on nous
laisse entendre à ce moment, exhorte a éviter les conflits de toutes sortes pour
le bien des communautés. La réunion des dignitaires du Komo nous apprendra que
Ba Fing a été tue par Nianankoro. Cette information d’une scène qui s’est
produit hors champ nous est fourni par Soma lui-même qui à ce moment semble
assez inquiet.
Dans Star Wars le nom du père de Luke
Skywalker a une connotation négative. D'après George
Lucas, ce nom a été choisi pour évoquer "Dark
Father". "Vader" est en fait
le mot néerlandais pour "père" mais n'est pas prononcé de la même façon
que dans "Darth Vader".Le nom "Vader" rappelle également d'autres mots en
anglais, tels que invader. Ils viennent du latin "vadere" qui signifie
"avancer". La phrase "vade mecum" ("viens avec moi") était autrefois appliquée
en anglais à un guide. Un autre mot latin, "vadum" signifie "profondeurs de la
mer" [cf. "Abyss"]. Luke a exactement le même type
d’opposant sur le chemin de sa quête : son père, Dark Vador. Il
est le symbole de la Force obscure. Son apparence physique est assez effrayante.
Il porte un masque et est vêtu d’une cape noire. Le masque reste le symbole de
la distanciation par excellence. Portez un masque c’est se revêtir d’une
identité autre et jouer un rôle. Dans le cas précis, avec ce masque il scelle
son ancrage sans faille d’avec la Force obscure et écarte tout lien avec
l’humain. Il obéit au Système : c’est une machine.
Au cours de cette quête, Nianankoro trouve
refuge auprès de son oncle Djigui qui est aussi un Maître de la
connaissance. Il est le symbole de l’initié accompli. S’il a perdu la vue pour
avoir adolescent, oser parler de « démocratiser » le Komo, il a acquis au cours
de la vie la Lumière et la Vision intérieure. Le sacrifice de sa vue lui a
ouvert d’autres facettes de la Réalité. Il a semble –t-il le don de prémonition
(Scène de la rencontre avec l’oncle et de la purification, analyser ces
images.) C’est ce don de prémonition qui lui permet d’évoquer le futur avec
une très grande lucidité. Il n’a pas succombé à la « Force Obscure » comme son
frère jumeau Soma. D’ailleurs la très grande différence
entre eux ressort de la signification du nom de l’oncle : « Djigui »
c’est la personne auprès de laquelle on trouve refuge. Ce terme peut désigner
tout ce qui dans la création visible ou invisible peut porter secours ou peut
protéger contre un quelconque malheur, ou près duquel on se sent en sécurité.
Dans ce même ordre d’idée, on pourra dire que
Ben-Kenobi est le « Djigui » de Luke, il agit en vrai
Maître spirituel avec son disciple. Il le protège, le conseil et le met sur le
sentier pour qu’il combatte son propre père Dark Vador instrument de la Force
obscure.
d.L’Image du Père
L’une des étapes les plus importantes dans
cette quête et dans de nombreuses autres aventures du héros, c ‘est le
sacrifice du Père. En effet, l’instance paternelle constitue un obstacle à la
liberté de l’adolescent- homme ; le père est en quelque sorte le symbole de la
loi. Toute révolution doit tuer le Père afin d’exprimer sa pleine liberté. Luke
et Nianankoro n’échappent pas à ce schéma universel de la quête de soi En
tuant chacun leur père, ils affirment par conséquent leur propre liberté, leur
propre autorité.
Sur le lieu du combat, Nianankoro
d’ailleurs remercie son père de l’avoir reconnu comme son fils car dit-il :
« Le plus grand malheur pour un bambara c’est d’être un bâtard. » En fait,
l’autorité du père est reconnue à sa juste valeur, mais est venu le temps où,
cette autorité doit être rejetée. Une des séquences du film montre en gros plan
le visage de Nianankoro en conversation avec sa mère où il affirme : « Je
suis devenu un homme maintenant ; je peux le combattre », faisant ainsi écho
aux inquiétudes de sa mère. Il considère donc qu’à ce stade de son évolution, il
peut et doit s’affranchir de la tutelle paternelle pour assurer aussi bien sa
survie que de celle de sa mère. Le prolongement de la présence pesante de
l’instance paternelle apparaît dans les deux séquences du sacrifice du Lait par
la mère et de l’étape dans la communauté des nomades Peul. En effet a
travers la technique du montage alterne, Souleymane Cissé expose simultanément
deux scènes qui font ressortir ce conflit d’avec l’instance paternelle. On
remarque qu’au moment précis où
la mère achève le sacrifice, l’offrande de lait, symbole de pureté et
d’immortalité, les nouveaux geôliers de Nianankoro lui refusent ce breuvage
quand il désire, comme eux-mêmes , étancher sa soif. Ces deux séquences,
simultanées permettent d’affirmer que ce refus violent de donner à boire du lait
au fils est encore la manifestation de la Loi du ‘’Pater’’, l’expression du joug
paternel que Nianankoro et aussi Luke veulent chacun de leur côté briser.
Le rapport entre Nianankoro et son père Soma fait surgir la
complexité du rapport père et fils dans la famille Malinké/Bambara.
Ce rapport nous fait penser au fameux complexe d’Oedipe, mais il
faut se méfier des extrapolations abusives. Qu’en est-il réellement?
Les rapports père-fils sont principalement
caractérisés par une relation de respect et de soumission de la part du fils,.
Le père a autorité absolue sur le fils. Il est rare que le père manifeste de
l’affection à son fils publiquement. En fait votre père n’est pas votre “petit
camarade”à qui vous pouvez tenir tête. Ce rapport d’autorité s’exprime à travers
des ordres. L’axe de la communication est à sens unique, il n’y a presque pas de
feed-back. Ceci est surtout valable pour l’aîné de la famille. Étant donné qu’il
est éduqué à la dure, il reporte cette pression, cette frustration sur ses
cadets à son tour. Chacun doit du respect à l’autre sinon il est puni. Cette
tension peut être accentuée par la polygamie. En effet, il y a des rivalités qui
peuvent naître entre les enfants des différentes épouses. A ce niveau , on
rentre dans un autre cadre de tension qui peut être plus ou moins intense. En un
mot, le conflit entre Nianankoro et son père n’est pas du tout surprenant. Dans
tous les cas , ce type de conflit est latent.
On constate d’ailleurs qu’à la bataille
finale, le jeune héros demande à son père la cause réel de cette haine envers
lui . Le père ne répond que par des injures. Ce conflit est-il la résultante de
cette tension familiale “normale”dans le processus éducatif du jeune Malinké?
Ou provient-il de la violation par Nianankoro d’un pacte sacré et secret? Le
débat reste ouvert.
Luke aussi entre en conflit direct avec son
père qui est une des autorités les plus influentes de la Force Obscure. Le
combat au sabre-laser est tout aussi violent. Il réussit à battre son père non
sans avoir essayé de le faire revenir de la Force Obscure : « Malheur à
l’élève qui ne peut supplanter son Maître » comme le dit si bien l’adage.
Ici, le conflit tout en restant violent laisse la porte ouverte à un espoir :
le père pris de regret sauve le fils. Le fils a une énorme compensation
psychologique puisqu’il sait qu’il a récolté des fruits positifs à la suite de
sa quête :
·
Il a retrouvé sa sœur,
·
Il a retrouvé son père qui s’est
confessé et par conséquent a rejoint la Face Lumineuse de la Force L’Alliance
Rebelle a triomphé
Ce type de héros a réussi sa mission. Il a
instauré l’équilibre des Forces. Mais, la grande leçon de toute aventure du
héros est que l’échec n’existe pas. Les opposants que sont Soma et Ba-Fing on
franchit les portes de la Grande Initiation dit-on. L’échec est une étape aussi
de l’apprentissage. Nianankoro a engendré un garçon qui, d’après les Signes
continuera l’œuvre du père. Il était tout à fait conscient de sa destiné car
ayant été prévenu dès le début de sa quête. En effet, sa rencontre avec l’Hyène
Mythique du Kô-mon lui permet d’entrevoir un pan de sa destiné il aura une mort
heureuse.
IV- Des Symboles et des Couleurs
L’utilisation des couleurs et de l’éclairage
est très perceptible dans la Guerre des Etoiles, sûrement à cause des moyens
considérables déployer sur le plan matériel et financier pour concevoir ce film.
Dans Yeleen, ayant jonglé avec les moyens assez modestes, Souleymane Cissé a
travaillé avec les couleurs naturelles et alterne dans de nombreuses scènes
entre Lumière et ombre.
Ainsi dès le début de la quête, Luke est
habillé en blanc symbole de son inexpérience. C’est le total néophyte,
idéaliste. Quand il devient pilote pour l’Alliance il porte des tenus orange
proche du rouge signe de feu qui est l’expression de sa fougue guerrière et son
avidité à lutter contre l’Empire. D’ailleurs le combat avec l’Etoile Obscure
est son premier baptême contre la ‘’Bête’’. Son initiation se poursuivant, il
devint un guerrier aguerri dans « l’Empire contre-attaque ». Il est plus lucide,
plus sage. Il est en gris, couleur de la maturité. Il a compris que la dualité
est inhérente à la création et qu’il a, lui aussi, sa part d’obscurité qu’il
doit absolument maîtriser. A la bataille finale l’opposant à son père il est en
noire comme ce dernier. Pourquoi cette couleur ? Nous pensons
surtout que, c’est pour signifier qu’il maîtrise totalement la Force Obscure
sans en être un instrument comme son père. Dark Vador le père est habillé de
cape noire , il symbolise toujours le côté obscure de la Force, l’Empire du
Mal , mécanisé que la Rébellion veut anéantir.
Cet Empire mécanisé, symbole de la force
obscure, de l’oppression se présente sous de teintes de noire, de gris, de blanc
avec des contrastes frappant entre ces couleurs signifiant que nous sommes en
face d’un système froid, stérile sur le plan de ses rapports avec l’humain. La
hiérarchie y est écrasante. Les soldats de la flotte impériale ne sont rien
d’autre que des esclaves. Comme les deux porteurs du pilon magique du père et de
son oncle Ba-Fing de sont soumis aux ordres, aux diktats de la hiérarchie, il
n’existe en fait que pour être des choses, des instruments de la lutte pour
contre-carrer la quête positive des héros.
Dans Yeleen, les angles de prise de vue
utilisent abondamment la lumière et, au niveau sonore, il y a une très nette
prédominance des bruits de la nature sur la musique de soutien, par exemple :
chants d’oiseaux, chants de certains petits insectes nocturnes, meuglements de
troupeaux de bœufs, bruit naturel de ruisseau ou d’eau.
Les couleurs naturelles de l’environnement
immédiat : la couleur blanche à travers le chevreuil déposé au pied de l’autel,
les oeufs énormes symbole de l’œuf cosmique, le noire de la statuette de
l’autel du Kô-mon, l’ocre de la poussière, de la couleur des cases. Toutes ces
couleurs caractéristiques des pays de savanes se mêlent aux couleurs symboliques
de l’initiation pour nous signifier la force des ces symboles.
Ainsi ce symbolisme des couleurs est-il très
perceptible à travers deux séquences identiques qui sont la matérialisation d’un
code cinématographique : le montage à leitmotiv. Ce type de montage permet la
répétition de certains plans qui ont une valeur particulière. En littérature,
on dira que c’est une répétition et, toute répétition a une valeur stylistique
indéniable sur le sens. Comme le refrain d’une chanson, ce type de montage
insiste sur un élément de la narration. Quand Souleymane Cissé fait intervenir
à deux(2)reprises la séquence de l’enfant nu en train de déposer au pied de
l’autel du Komo un chevreuil tout blanc, nous nous posons la question de savoir
quelle est l’identité réel de cet enfant par rapport à la quête du héros ? Et
que revêt la signification de cette offrande ?
Il faut savoir que tout sacrifice ou offrande
dans les croyances traditionnelles Malinké/Bambara est fortement marquée par
certains symboles liés à notre environnement. On ne choisit pas par hasard les
ingrédients d’un sacrifice. L’offrande d’un chevreuil blanc par un enfant en
tenu « d’Adam » signifie que l’on demande une intercession positive. Le
contraire : un chevreuil noir voudrait dire que l’on veut jeter un mauvais sort.
On pourra interpréter ce geste comme celui de Nianankoro qui déjà jeune, s’est
placé du côté de la Lumière et que, le retour de cette même séquence, préfigure
les mêmes dispositions d’esprit pour son fils qui reprend le flambeau. La’’ voix
off ’’ sur le champ de bataille finale nous permet de dire que le père Soma,
l’oncle Ba–Fing aussi bien que les autres dignitaires du Kô-mon, n’utilisait ce
culte sacré que pour asservir la communauté : « »d’où le châtiment exemplaire
que le père a reçu.
L’univers de Star Wars est constitué de
diverses organisations qui sont pro ou contre l’Empire : l’Empire, l’Ancienne
République, les Chasseurs de primes, les conglomérats, les contrebandiers,
l‘alliance Rebelle, la Nouvelle République…etc.
VI. Les codes de la narration
Le cinéma utilise abondamment les codes
narratifs de la narratologie. On y trouve toutes les notions propres à ces
procédés littéraires qui sont entre autre les notions de focalisation, de temps
de l’histoire, de temps de récit. On constate d’ailleurs que c’est la fiction
narrative qui continue de faire le succès populaire des films. Nous allons
essayer d’appliquer certaines de ces règles d’analyse de la narration aux deux
films que nous analysons en ce moment. Nous nous limiterons à une analyse
discursive et une analyse narrative des deux films :
a. Analyse
narrative :
Il s’agira de
découper la narration en séquences ou plans décrivant les différents états ou
actions des personnages. L’évolution et l’enchaînement de ces séquences nous
permettra de déterminer la dynamique de cette fiction narrative.
Structures narratives : les actants
et leurs fonctions
1.
La quête
Le héros : Nianankoro poursuivit par son père
pour trahison est envoyé par sa mère pour retrouver Djigui son oncle , frère
jumeau de son père.
Luke Skywalker doit combattre l’ordre de
terreur, de haine et d’injustice instaure par l’Empire
L’opposant principal : son père ; Luke a pour
opposant principal son propre père Dark Vador officier froid et impitoyable au
service de l’Empire.
L’adjuvant ou les adjuvants sont constitues
par les êtres ou les choses qui sur le chemin aide l’aspirant a
l’accomplissement de son œuvre :
1-Sa mère : qui lui donne un talisman ; pour
Luke c’est l’Alliance Rebelle
2-L’Hyène Mythique symbole unique du Komo
qui apparaît à Nianankoro.
3-Les nomades Peuls deviennent au gré de leur
intérêt opposant et ensuite adjuvant.
4-Son épouse Peul qui lui assurera une
descendance.
5-Son oncle Djigui qui le prépare
psychologiquement a l’initiation finale. Le père spirituel de Luke est Ben
Kenobi
6-Le pays Dogon où il est reçu et où il se
purifie dans la source d’eau éternel
2. L’Epreuve qualifiante
Pour Nianankoro, l’épreuve qualifiante
est la purification en pays Dogon et le support psychologique de son oncle
Djigui. Pour Luke Skywalker, c’est son initiation aux techniques de maîtrise de
la Force, ce qui l’aidera dans son combat final contre son père.
b.Analyse
discursive
Ce ne sont plus les personnages qui s’opposent qui nous
intéressent. Cette analyse nous permettra de déterminer sur quelles oppositions
fondamentales de l’existence s’articulent ces deux films. Dans ces deux films,
l’opposition principale s’articule autour de l’éternel lutte entre le
Bien et le Mal à travers la quête des deux principaux personnages. Ce
n’est pas un hasard si le film de Souleymane Cissé a pour titre Yeleen (
Lumière, Illumination) symbole éternel de la Connaissance, et que dans Star Wars
on parle de Light Side versus Dark Side. L’application positive de la
connaissance permet d’éclairer d’avantage les consciences tandis que son
utilisation négatives conduit à l’asservissement sous ses diverses formes.
Trois (3)axes permettent de déterminer l’évolution du projet
central, un désir à réaliser, une communication à effectuer et une lutte à
soutenir:
1-Axe du désir
Il expose l’opposition
Sujet-Objet :
Sujet/Héros
Projet Central
Objet
Nianankoro
Application positive Connaissance
Luke
Skywalker
2-Axe de la Communication(Diagonale) :
Donateur
Projet Central
Destinataire
Réservoir Application
positive Social Malinké /Bambara
Connaissance
Connaissance
du Kô-mon
---------------
---------------------
Ordre des
Jedis
Galaxie entière
3-Axe de la lutte a soutenir (
Horizontale):
Adjuvants
Opposants
Mère Père et membres
Hyène
Mythique Kô-mon
Pasteur nomades/Épouse
Dogon/Oncle /Objets rituels
-------------
----------------------
Ben-Kenobi,Yoda ; Dark
Vador
Dark Vador ; L’Empire
L’Alliance Rebelle
Conclusion
Le héros joue un rôle particulier dans la quête initiatique. Il
cristallise les ambitions, les besoins secrets des membres du groupe. Grâce au
héros, le groupe parcourt en imagination les sentiers de la connaissance. Il
doit apporter aux membres de la communauté des réponses à certaines
préoccupations. A la suite de l’analyse croisée de ces deux, nous constatons que
ce schéma reste une constance universelle. Nous remarquerons que des cultures
apparemment différentes, éloignées l’une de l’autre par l’espace et le temps,
produisent des récits ayant des connotations quasi identiques. Cet état de fait
est, sans aucun doute, une des nombreuses manifestations des archétypes de notre
inconscient.
Filmographie
-
Cissé, Souleymane, Mali. Yeleen,
1987.
-
Lucas George. Star Wars. The Return of Jedi. 1990
Bibliographie
-
The Hero with African Face. Mythic wisdom of
Traditional Africa, Clyde W. Ford, Bantam Books (1999).
-
Mythology, Cliff notes on …by James Weigel
Jr.(1991)
-
Myths to live by, Joseph Campbell , Arkana,(1993).
-
Puissance du Mythe, Joseph
Campbell ( J’ai lu 1991).
-
Theorizing about Myth, Robert A. Segal, University
of Massachusetts (1999).
-
Mythologie du monde
entier,Vladimir Grigorieff (Marabout 1989).
-
Man and his Symbols, Carl G. Jung ,Laurel
Edition(1968).
-
Essais sur la signification du
cinéma –Tome I, Christian Metz, Editions Klincksieck,Paris (1994).
-
Star Wars, The trilogy scrapbook, Mark Cotta Vaz,
Scholastic,Inc(1997).
© COPYRIGHT 2002
MANGECRATIE
Airbus A 320. Atterrissage en douceur.
Chaleur moite d’un pays tropical, d’une république bananière. Formalités
douanières, policières, militaires avec son cortège de contradictions,
d’incohérences et d’arbitraire. Banales sous les tropiques. S’y plier, se
résoudre à graisser la patte toujours rugueuse du douanier, du policier, du
militaire, ou d’un quelconque intermédiaire. Dans l’enceinte et à l’extérieur de
l’aéroport, existe une sorte de cour des miracles ayant ses règles propres
échappant au voyageur pressé. Excroissance nécessaire de la densité du trafic
aérien. ‘’Vrai saut d’obstacles pour rentrer dans son propre pays ‘’, se
dit-il.
L’atterrissage d’un jet est toujours heures d’emplettes, jours de marché pour
cette cours des miracles y compris les forces de l’ordre. Quel ordre ? Du
désordre. Au fur et à mesure de la pénible approche des clients-passagers
exténués, ils se lèchent les babines. Début de repas. Les plats n’ont jamais la
même consistance. Selon que vous manier avec clarté ou non l’une des langues du
pays, vous serez traités avec diligence ou brutalité. Selon que vous soyez
blanc, noir, jaune, rouge ou même vert, l’accueil s’adaptera.
Selon que vos bagages soient rangés
soigneusement dans une valise Delsey, Vuitton ou dans un simple ballot ‘’ home
made’’, fabrication tropicale ou chinoise, vous bénéficierez de plus ou moins
d’égards. Carnet de vaccination exigé ? Pourquoi ? Personne ne le sait
réellement : si vous l’avez, tant mieux.
On vous toisera d’un regard réprobateur
comme pour vous reprocher, en silence, d’être trop en règle : vous constituez le
grain de sable qui risque de gripper la mécanique. Pas commode pour des agents
qui veulent des ‘’clients’’ qui les fassent manger. Si vous ne l’avez pas, on
vous proposera de vous faire vacciner sur le champ comme…du bétail.
Naturellement, la facture est à votre charge. Si vous dites l’avoir
égarée, ici
de toutes les façons, on s’en fout. Vous subirez une autre vaccination pour la
n-ième fois. Rassurez-vous ! Vacciner ou pas, on n’échappe pas si facilement au
paludisme à moins d’avoir une peau de pachyderme.
Boulevard de la ‘’Muerte’’. Superbe
voie à grande circulation. Pour lui qui venait de finir une partie de ses études
chez les toubab, ceci n’est qu’une ruelle de banlieue.
Dommage qu’il porte un nom aussi sinistre
lié aux hauts faits d’un de nos ancêtres les Gaulois, connu pour avoir
tripatouillé dans les mines de Charbon d’un roitelet nègre. C’est toujours le
même schéma : les relations entre ces deux acolytes défrayèrent pendant
longtemps les colonnes des journaux de la Gaule et de l’Afrique. Cette relation,
comme bien d’autres entre les chefs d’états de France et d’Afrique est le
symbole vivant des rapports biscornus entre nos pouvoirs féodaux nègres et le
pouvoir gaulois : « Je t’aime , moi non plus ! ».
Callé au fond du taxi qui le ramenait vers
le domicile familial, il essayait de comprendre comment pendant toutes ses
années, depuis les fameux Soleils des Indépendances, on ne faisait que
reculer. Avec du recul, et une relecture de notre histoire, il serait en
principe possible de rectifier le tir, de revoir la copie mais, il semble que la
leçon n’a pas été bien apprise. Après quarante ans de pseudo-
indépendance, la
note tournerait autour de 06/20 : médiocre. Ainsi ’’les Imbéciles avaient
décidé de rentrer dans l’histoire à reculons’’, chanta l’artiste.
Le partenariat, pour être plus
clair, le
paternalisme suicidaire, la coopération de ‘’ces messieurs d’Afrique’’
avec le continent noir l’avait mis à plat ventre sur le sol ; coopération entre
le maître et le cheval. Depuis longtemps, le cheval se connaît et sa chevauchée
fantastique digne d’un film western est loin d’être à son terme. Quant au
cavalier, il n’est pas près d’être désarçonné par ce canasson qui n’en peut
vraiment plus. Ce qui est encore plus complexe et met tout le monde dans
l’embarras, c’est que la charge s’alourdit proportionnellement aux complaintes
du pauvre canasson.
Il contemple une belle affiche publicitaire
vantant les qualités de la capitale. Titre d’une hyperbole touristique. Mais
parfois, embouteillages énormes. Dowtown : quartier des affaires comme on
le dit dans les villes américaines.
Cette cité s’étale sur les abords d’un lac
gigantesque O ! Combien de fois pollué. La ressemblance de ce ’’dowtown’’
tropicale est vraiment frappante avec certaines métropoles du Nouveau Monde. La
flatteuse comparaison s’arrête là, dès que vous expérimentez la torture que
constituent l’entrée et la sortie de quartier à certaines heures.
Pour mériter totalement la comparaison avec
ses sœurs d’Amérique, la circulation devrait être fluide.
Paris.
Charles De Gaulle. Opération Vigipirate. Marcher dos et nuque raides en étant
sûr de contrôler tous ses bagages …et aussi les colis qui ne vous appartiennent
pas. Hauts parleurs scandant la même litanie sur vos droits et vos devoirs
envers vos colis et tous les autres colis : ‘’ 2001 l’Odyssée de l’espace ’’ de
Stanley Kubrick ne ferait pas mieux. Paris, ville lumière ?! ”J’en avais vu
d’autres ‘’ marmonna-t-il. Rien d’extraordinaire sinon que l’intérieur des
subways est extraordinairement triste. Rien avoir avec les métros high-tech
d’Atlanta ou de D.C. En matière de relations humaines, de contact avec des êtres
vraiment vivants, rien ne peut remplacer un trajet dans un autobus bondé de
Dakar, d’Abidjan : on y parle, on y critique, on y communique :
politique,
sports, frasques conjugales, économie …le corpus des débats est illimité dans
ces moyens de transport parfois vétustes. Par dessus tout on y sent la présence
du vivant.
Les yeux des passagers ne sont pas rivés
sur des journaux ou sur le plancher comme ailleurs, les ouies ne sont pas
obstrués par un walkman, un discman ou, disons-le en français,
un baladeur comme pour signifier aux autres: « Ne m’emmerdez pas,
laissez-moi dans mon périmètre de sécurité ! » ; c’est sans doute une autre
victoire de l’individualisme et du libéralisme. Ne soyez donc pas surpris par le
stress galopant, la peur de l’autre, le refoulement systématique de la tendance
très humaine à vouloir sympathiser avec autrui : l’enfer semble t-il c’est
vraiment l’autre. Peu à peu, ses souvenirs lui indiquèrent qu’à l’Est il y avait
du nouveau.
Budapest.
La Duna ou pour les manuels de géographie dont on l’avait gavé sur l’histoire de
l’Europe : le Danube. Seul nègre perdu dans le long fil d’attente pour faire
viser son passeport de sous-développé. Naturellement, regards hagards de part
et d’autre. Questions incompréhensibles bredouillées par l’agent de
l’immigration. Réponse en anglais sans même savoir le sens d’interrogation.
Réponse prémédité car, dans tous les aéroports du monde, vous êtes soumis
probablement au même rituel : quel est le but de votre séjour ici ? Question
classique de tout agent de l’immigration qui se respecte. Pas besoin de savoir
et de comprendre ce qu’il dit, donnez votre réponse.
Chaque pays, il l’avait
constaté, a quelque
chose de bureaucratique frisant parfois le système communiste : soucis maniaque
et méticuleux de vouloir identifier, cataloguer, localiser, aussi bien
l’étranger que se propres citoyens. Et, traverser une frontière n’est jamais
chose évidente. Pour expérimenter à l’état pur l’arbitraire, faites un tour à
vos propres frontières. Sous les tropiques, idem. On n’est jamais assuré
de rien au passage des frontières terrestres ou aériennes. Il l’avait
expérimenté sur son propre continent se souvient-il, alors que le flot
incessant de ses pensées affluait. On n’y est jamais en règle quelque soit le
document qu’on brandira. Les discours les plus beaux, aussi bien articulés
soient-ils, risquent de vous compromettre en rendant encore plus difficile votre
hypothétique libération. L’unique document,le vrai, devant lequel tout le monde
s’inclinera ne porte ni votre nom, ni votre date et lieu de naissance, ni votre
profession, encore moins votre photo d’identité et votre filiation. Ce droit de
passage automatique ? L’argent, de préférence en devise étrangère. Dès que vous
le brandissez, on vous bazarde tranquillement la clé du pays. Il remarqua qu’en
Occident, cela semble différent.
Même si chaque être humain à son prix
(théorie bien connu des maîtres-corrupteurs) l’agent peut, semble-t-il, résister
à certaines sirènes. Vos documents de voyage ici, à l’aéroport ont un sens.
Ce n’est plus l’espace de la
traditionnelle où l’agent de police peut dire, à tout moment : « Je ne sais pas
lire !» Pourtant, il sait prestement compter les billets que vous lui
tendrez. Ici, vous devrez présentez des documents en règles et l’agent sait très bien
lire. Cependant, vous n’êtes pas à l’abri d’une remarque tatillonne qui peut
vous désarçonner et vous expédiez à votre pays d’origine. Ce n’est donc ni tout
blanc, ni tout noir des deux côtés de la barrière.
Il revint à la réalité lorsque le taxi
s’immobilisa devant la villa. Personne n’était là pour l’accueillir.
Ce n’était pas aussi surprenant que cela.
Après ses prises de positions sur le plan politique, il était conscient qu’il se
trouverait isoler par le père de famille qui dictait les choix les plus intimes
de sa progéniture. Lui avait décidé d’utiliser son droit à la différence.
Le domestique transporta ses bagages dans
le grand salon.
-‘’Où est le vieux?’’, interrogea t-il
-‘’Ils sont tous partis au village. Tu sais
patron, y a élection et tout le monde fait campagne maintenant’’.
-‘’Je comprends. C’est un autre périple qui
m’attend. Mets mes bagages dans ma chambre s’il te plait’’.
Le jeune homme au corps frêle qui faisait
office de domestique hésita un instant.
-‘’Qu’est-ce qu’il y a ? ‘’ Demanda-t-il
surpris.
-‘’Grand patron dit de dire à petit patron
que y a pas moyen rester ici’’.
-‘’Quoi ? Quelles sont ces
histoires-là ?!Je te dis de foutre ses sacs dans ma chambre à coucher, tu me
parles de grand… je ne sais quoi à dit. Ça va pas chez toi ou quoi!?’’
-‘’Patron ! C’est-à-dire que…’’
-‘’Qui te demande des explications ?
La tension montait. Le pauvre domestique
qui se retrouvait entre deux ordres opposés, décida d’exécuter celui qu’il
venait de recevoir à l’instant. Tout en transportant la première valise vers la
chambre, il murmura à lui-même :
-‘’On dit chez nous quand deux couteaux
commencent palabres, le coq se cherche !’’
-‘’Qu’est-ce que tu racontes encore !?
-‘’Patron, je ne dis rien !!’’
-‘’Passe-moi le phone !’’
Nerveusement, il décrocha le combiné pour
essayer de joindre le pater au village. C’est un cousin qui décrocha .Il
l’informe que le père était à ce moment précis à un meeting.
Et d’ailleurs, il n’était pas près de
rentrer sur la capitale. Chacun se devait de rester dans son fief pour récolter
le plus grand nombre de suffrage au bénéfice du président autoproclamé, lors des
élections à venir. Il y allait de la survie financière de tous ‘’ces grilleurs
d’arachide’’.
Son père, membre influent de ce parti ne
voulait pas du tout perdre le bénéfice de toute cette richesse amassée, plus ou
moins honnêtement au service du guide suprême. Il le lui avait rappelé un jour :
-’’Si tu te pavanes à travers le monde,
c’est bien à cause de mon travail de politicien et, grâce aux sous venant d’un
pouvoir que tu considères comme corrompu’’.
-‘’Eh bien mon fils, l’argent de la
corruption a servi à payer tes périples autour du globe.”
Le débat était devenu presque impossible
entre père et fils.
Étant donné que le scrutin devait offrir au
Président 99,99 pour cent des suffrages exprimés, il n’était pas question pour
son père de revenir avant le résultat final. Ce serait de la démission et, il se
placerait tout droit dans le collimateur du parti.
Le fils décida donc de rejoindre son père
dans leur région natal. Il réquisitionna une Toyota 4x4 du parc automobile de la
famille et un chauffeur, pour entreprendre le parcours des 600 kilomètres
jusqu'au village. Ils partirent le lendemain de son arrivée dès l’aube .La
silhouette du paysage se découpait dans le jour naissant.
Monument Valley ? Okefenokee ? Cape God ?
Mojave ? Grand Canyon ? Non ! Tout
simplement l’Afrique, continent qui a le malheur de ne représenter que un pour
cent du commerce mondiale donc, hors des circuits commerciaux classiques. Mais,
champ de batailles fertiles en conflits aussi bien absurdes que sanglants, où
tout marchand de mort sérieux vient expérimenter ses dernières trouvailles.
Un pour cent des flux commerciaux
planétaire selon les statistiques qui, à plusieurs reprises ont tué cette
Afrique qui, pourtant, continue de vivre et de bien vivre. Paysages
hollywoodiens dignes de classiques tels que : ‘’La chevauchée fantastique’’,’’La
charge héroïque’’. Au fur et mesure que le soleil pointait du nez, nos
voyageurs découvraient des canyons d’une beauté divine, des cimes de montagnes
flirtant toute l’année avec les vagabonds nimbo cumulus. La 4x4 serpentait le
long des flancs verdoyants de ces cathédrales taillées au vif par la Nature.
Pour les quatre voyageurs, ce spectacle était éblouissant. On ne pouvait que
s’incliner devant la grandeur du divin et la petitesse de l’humain à la vue de
ces contrées magnifiques :’’la nature est un temple où de vivants piliers
laissent paraître de confuses paroles’’, avait dit le poète. Chacun était plongé
dans ses réflexions matinales. Le chauffeur était contraint de rouler à allure
modérée.
De multiples virages l’obligeaient à
contrôler en permanence la vitesse. De pittoresques bourgs s’étalaient aux pieds
de ces longues chaînes de montagnes. On pouvait y imaginer une vie tranquille :
pas besoin de carte de crédit, pas de téléphone, pas d’électricité, ni de
journaux avec des nouvelles polluantes. Vivre simplement y être heureux. Ces
nomades et paysans sédentaires qu’on rencontre ne semblent même pas être
perturbés par ces splendeurs naturelles ; ils sont une partie de ces magnifiques
décors.
Machinalement, il capte R.F.I. sur
l’autoradio. Les nouvelles les renvoient brusquement à la cruelle et stupide
réalité de notre monde : « Les corps frigorifiés de deux adolescents venaient
d’être découvert dans le train d’atterrissage d’un avion à Bruxelles» dit le
journaliste.
-‘’Merde !les gars, deux jeunes sont morts
pour un mirage !’’
-‘’Non ! Moi je dirai que deux jeunes
africains sont morts au combat pour tirer encore, pour la ‘’n’’ ième fois, le
signal d’alarme de la misère.’’
Les informations en continue évoquaient une
polémique entre les deux pays, d’autant plus que les deux jeunes hommes avaient
laissé une lettre pathétique expliquant leur motivation. De Bruxelles, on
voulait insister sur l’irresponsabilité des dirigeants nègres : ceux qui, au
lieu d’utiliser l’aide au développement pour le bien-être social de leur
population, s’enrichissent et laissent périr leur forces vives.
-‘’ Tout cela sent la connerie, la mauvaise
foi transpire des deux côtés, que ce soient nos politicards ou ceux de
Bruxelles, c’est tous les mêmes malfrats. Ces gars savent mieux que nous les
filières que l’aide à la coopération réemprunte pour retourner en Helvétie. ‘’
-‘’ Tu as raison ! Qu’ils cessent de nous
emmerder avec ces imbécillités ».
Il réussit à capter cette fois la radio
nationale. C’était l’actualité du jour. Ici, on dénonçait le néo-colonialisme
qui, en bradant au nom d’un soi-disant commerce international, d’un
libre-échange, les cultures d’exportation, en affaiblissant jour après jour le
paysan, cultive la misère.
Les interventions des ministres dénonçaient
aussi l’irresponsabilité des parents des défunts.
|